lundi 27 décembre 2010

Bilan cinéma 2010 : mes mini-tops de l'année

C'est la fin de l'année, voici venue l'heure des bilans. A l'instar de mes congénères blogueurs, j'avoue que j'aime assez hiérarchiser tout et n'importe quoi. Alors je me suis dit, Séraphin, pourquoi tu ferais pas plein de petits tops pour synthétiser la riche année de cinéma qui vient de s'achever ? Hein pourquoi pas ?



LES FILMS

Les bonnes surprises de l'année contre toute attente :
1. MOTHER de Bong Joon-Ho
2. BURIED de Rodrigo Cortés
3. L'EPINE DANS LE COEUR de Michel Gondry
4. LES PETITS RUISSEAUX de Pascal Rabaté
5. TOUT CE QUI BRILLE de Géraldine Nakache et Hervé Mimran



Les déceptions de l'année :
1. LES PETITS MOUCHOIRS de Guillaume Canet
2. ALICE AU PAYS DES MERVEILLES de Tim Burton
3. SHERLOCK HOLMES de Guy Richie
4. ADELE BLANC-SEC de Luc Besson
5. GAINSBOURG - VIE HEROIQUE de Joann Sfar

Le cinéma français se serait bien passé de ce genre d'images.


Les films visuellement très très joulis de l'année :
1. RUBBER de Quentin Dupieux
2. ENTER THE VOID de Gaspar Noé
3. LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan
4. ONCLE BOONMEE de Apichatpong Weerasethakul
5. A SINGLE MAN de Tom Ford



Les films imbitables de l'année :
1. FILM SOCIALISME de Jean-Luc Godard
2. ONCLE BOONMEE
3. COPIE CONFORME de Abbas Kiarostami
4. HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT - PARTIE 1 de David Yates
5. RESIDENT EVIL 3D : AFTERLIFE de Paul W. S. Anderson



Les films de malades mentaux mais bien coolos quand même :
1. RUBBER
2. ENTER THE VOID
3. GENTLEMEN BRONCOS de Jared Hess
4. AMES EN STOCK de Sophie Barthes
5. BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE ORLEANS de Werner Herzog



Les délires persos de l'année, tellement persos que celui qui a le plus pris son pied c'est l'abruti qui a fait le film :
1. ENSEMBLE NOUS ALLONS VIVRE UNE TRES TRES GRANDE HISTOIRE D'AMOUR de Pascal Thomas
2. GAINSBOURG - VIE HEROIQUE
3. FATAL de Michael Youn
4. MR NOBODY de Jaco Van Dormael
5. CAMPING 2 de Fabien Onteniente



Les comédies françaises nulles à chier de l'année :
1. ADELE BLANC-SEC
2. L'ITALIEN de Olivier Baroux
3. LE MAC de Pascal Bourdiaux
4. CAMPING 2
5. UNE PETITE ZONE DE TURBULENCES d'Alfred Lot



Les films ennuyeux, fatigants voire interminables de l'année :
1. ONCLE BOONMEE
2. MY OWN LOVE SONG de Olivier Dahan
3. VALHALLA RISING de Nicolas Winding Refn
4. THE AMERICAN de Anton Corbijn
5. PRINCE OF PERSIA : LES SABLES DU TEMPS de Mike Newell



Les films sinistres, glauques voire sordides de l'année :
1. PRECIOUS de Lee Daniels
2. THE KILLER INSIDE ME de Michael Winterbottom
3. LES PETITS MOUCHOIRS
4. POETRY de Lee Chang-Dong
5. JUST ANOTHER LOVE STORY de Ole Bornedal



Les films dont la fin met bien sur le cul :
1. KABOOM de Gregg Araki
2. A SERIOUS MAN de Joel & Ethan Coen
3. SHUTTER ISLAND de Martin Scorsese
4. ENTER THE VOID
5. VALHALLA RISING



Les docus de l'année :
1. L'EPINE DANS LE COEUR de Michel Gondry
2. YVES SAINT-LAURENT & PIERRE BERGE : L'AMOUR FOU de Pierre Thoretton
3. WHEN YOU'RE STRANGE de Tom DiCillo
4. JEAN-MICHEL BASQUIAT : THE RADIANT CHILD de Tamra Davis
5. INSIDE JOB de Charles Ferguson



Les films gravement surcotés de l'année :
1. ONCLE BOONMEE
2. POETRY
3. COPIE CONFORME
4. GAINSBOURG : VIE HEROIQUE
5. AJAMI de Scandar Copti et Yaron Shani



Les meilleures scènes de l'année :
1. Dans The ghost-writer, la superbe scène finale (que je ne raconterai pas).
2. Dans Dans ses yeux, le fabuleux plan-séquence qui démarre au dessus d'un stade et s'achève sur le terrain après une incroyable course-poursuite dans les travées.
3. Dans Rubber, le long travelling qui fait suite au meurtre du lapin, où l'en ressent la plénitude d'un pneu qui vient de tuer sauvagement une bête sans défense
4. Dans Kick-ass, le premier passage à l'acte de Hit Girl dans un déchaînement de violence et de gore totalement inattendu.
5. Dans Very Bad Cops, le saut dans le vide du super-tandem Jackson/Johnson (attention spoiler).
6. Dans Machete, la descente en rappel de Machete avec un intestin grêle en guise de corde.
7. Dans Mother, la troublante scène d'ouverture qui prendra tout son sens à la fin du film.
8. Dans Inception, le rêve d'Ellen Page et Leo DiCaprio dans les rues parisiennes.
9. Dans Fatal, les nominations aux Music Awards de la musique.
10. Dans Daybreakers, la mort ultra-gore du bad guy.



Les scènes grotesques de l'année :
1. Dans Resident evil 3D : Afterlife, la rencontre avec le grand méchant décontracté du gland sur son fauteuil hi-tech.
2. Dans Alice au pays des merveilles, le Futterwacken de Johnny Depp, que l'on redoutait tout au long du film.
3. Dans Potiche, la chanson finale de Catherine Deneuve.
4. Dans Oncle Boonmee, la visite à la table familiale d'un fils disparu devenu tout poilu.
5. Dans The tourist, le méchant mafieux torturant Angelina Jolie en dérangeant ses étagères.
6. Dans Tout ce qui brille, la grosse colère de Leila Bekhti après sa pote Géraldine Nakache.
7. Dans Expendables, Mickey Rourke repeignant sa guitare en chouinant.
8. Dans Unstoppable, les inévitables scènes de liesse générale au moment où tout rentre dans l'ordre.
9. Dans Les petits mouchoirs, les trente dernières minutes du film.
10. Dans Adèle Blanc-Sec, tout le film.



Les génériques de l'année :
1. Générique d'ouverture d'Enter the void
2. Générique d'ouverture de Gentlemen Broncos
3. Générique de fin de Sherlock Holmes
4. Générique de fin de Robin des bois
5. Générique de fin de Soul kitchen



Les répliques les plus classes de l'année :
1. "J'aime bien votre rire. - Moi j'aime pas le vôtre, il pue votre rire. - Ben c'est normal, il sent un peu la charogne." (Albert Dupontel et Jean Dujardin dans Le bruit des glaçons)
2. "Tu es encore mouillée ? - Non. Je me suis essuyée avec un Kleenex." (fiston Dylan Riley Snyder et maman Allison Janney dans Life during wartime)
3. "Pourquoi dans JFK, d’Oliver Stone, un inconnu assassine-t-il le président des Etats-Unis? No reason." (Stephen Spinella dans le superbe monologue d'ouverture de Rubber)
4. "Machete don't text." (Danny Trejo dans Machete)
5. "Ca doit être fumé au bois d'Applewood ça, je me trompe ? - Je sais pas, j'ai pas fait un master en jambon moi." (Gérard Depardieu et Gustave Kervern dans Mammuth)



Les répliques les plus cons de l'année :
1. "La prochaine fois ce sera tes couilles." (Jason Statham après avoir poignardé un ballon de basket dans Expendables)
2. "Bon écoutez-moi bien Ramsès de mes deux" (Louise Bourgoin dans Adèle Blanc-Sec)
3. "Moi si on me dit pas tout je réponds patate." (Jonathan Lambert dans L'amour c'est mieux à deux)
4. "Et je respecte la nappe phréatique aussi, je fais uniquement caca dans mon jardin." (Stéphane Rousseau dans Fatal)
5. "Je meurs à l'instant si un jour j'te reparle." (Leila Bekhti dans Tout ce qui brille)




LES GENS

Les acteurs de l'année :
1. Stephen Spinella (Rubber) car son monologue au début du film est ce qu'on a vu de mieux au cinéma cette année (le reste du film aussi d'ailleurs).
2. Gérard Depardieu (Mammuth) car il EST Mammuth, autant qu'il a été Cyrano de Bergerac, Alphonse Tram, le Père Donissan ou Quentin de Montargis.
3. Jemaine Clement (Gentlemen Broncos) car son personnage est génial et il le joue génialement.
4. Adam Butcher (Dog pound) car quand il se met en colère, il est vraiment flippant.
5. Bill Nighy (Petits meurtres à l'anglaise) car son jeu tout en bouffonnerie flegmatique peut sauver un film à lui seul.



Les actrices de l'année :
1. Allison Janney (Life during wartime) car partout où elle passe, les films s'illuminent (cf. Away we go)
2. Juno Temple (Kaboom) car j'en suis tombé amoureux.
3. Carey Mulligan (Une éducation) car c'est une future grande.
4. Anne-Elizabeth Bossé (Les amours imaginaires), car chacune de ses paroles est hilarante de vérité.
5. Scarlett Johansson (Iron Man 2) car Scarlett sera toujours Scarlett.



Les acteurs nuls de l'année :
1. Jérémie Rénier (Potiche)
2. Romain Duris (L'arnacoeur)
3. Johnny Depp (The tourist)
4. Ben Affleck (The town)
5. Jay Baruchel (L'apprenti sorcier)



Les actrices nulles de l'année :
1. Louise Bourgoin (Adèle Blanc-Sec)
2. Angelina Jolie (The tourist)
3. Judith Godrèche (Potiche)
4. Juliette Binoche (Copie conforme)
5. Penélope Cruz (Nine)



Les guests de l'année :
1. P. Diddy dans American trip.
2. Michael Keaton dans Very bad cops.
3. Bouli Lanners dans Mammuth.
4. Arnold Schwarzenegger dans Expendables.
5. Patti Smith dans Film Socialisme.



Les catastrophes capillaires de l'année :
1. Angelina Jolie (Salt)
2. Ben Stiller (Greenberg)
3. Jim Carrey (I love you Phillip Morris)
4. Romain Duris (L'homme qui voulait vivre sa vie)
5. Tobey Maguire (Brothers)



Les méchants de l'année :
1. Robert (Rubber)
2. Stanley Tucci (Lovely bones)
3. Jeremy Renner (The town)
4. Robert De Niro (Machete)
5. Mickey Rourke (Iron Man 2)




LA ZICMU

Les bandes originales de l'année :
1. The social network (Trent Reznor et Atticus Ross)
2. Fantastic Mr Fox (Alexandre Desplat)
3. Rubber (Mr Oizo et Gaspard Augé)
4. Inception (Hans Zimmer)
5. Yves Saint-Laurent & Pierre Bergé : L'amour fou (Come Aguiar)
6. Dog pound (Balmorhea, K'Naan et Nikkfurie)
7. A serious man (Carter Burwell)
8. The ghost-writer (Alexandre Desplat)
9. Sherlock Holmes (Hans Zimmer)
10. Bad lieutenant (Mark Isham)



Les tracklists de l'année :
1. SHUTTER ISLAND, avec Krzysztof Penderecki, Max Richter, Brian Eno...
2. SOUL KITCHEN, avec Kool and the Gang, Boogaloo Joe Jones, Quincy Jones...
3. AMER, avec Stelvio Cipriani, encore Stelvio Cipriani, Bruno Nicolai...
4. WHEN YOU'RE STRANGE, avec The Doors, The Doors, The Doors, The Doors...
5. LES AMOURS IMAGINAIRES, avec Dalida, The Knife, Indochine, Comet Gain...
6. GENTLEMEN BRONCOS, avec Zager and Evans, Scorpions, Buck Owens...
7. KABOOM, avec Yeah Yeah Yeahs, Engineers, The Depreciation Guild, Placebo...
8. KICK-ASS, avec Prodigy, John Murphy, The Pretty Reckless, Primal Scream...
9. DATE LIMITE, avec Sam & Dave, Cream, Fleet Foxes, MIMS...
10. VERY BAD COPS, avec Goldfrapp, Foo Fighters, Wyclef Jean, Phil Collins...

dimanche 19 décembre 2010

Top 10 des morceaux de l'année 2010

Comme tout le monde j'ai envie d'y aller de mon petit top 10 (pour les films, ça vient bientôt). Je pense que ces super morceaux se suffisent à eux-mêmes, par conséquent je m'abstiendrai de tout commentaire. Joyeuse écoute.


1. CHILLY GONZALES - Knight Moves (album Ivory Tower)

 


2. PACIFIC! - Venus Rising (album Narcissus)




3. DARKSTAR - Dear Heartbeat (album North)




4. CRYSTAL CASTLES - Violent Dreams (album Crystal Castles)




5. AEROPLANE - We can't fly (album We can't fly)

(ndh : je n'ai pas trouvé le morceau complet, allez donc l'écouter en entier sur les plateformes d'écoute légales)



6. MR OIZO & GASPARD AUGE - Tricycle Express (album Rubber)




7. PVT - Window (album Church with no magic)




8. AUFGANG - Dulceria (album Air on fire)




9. ROYKSOPP - Senior Living (album Senior)




10. SOLAR BEARS - Crystalline (album She was coloured in)

jeudi 16 décembre 2010

Top 10 des bandes originales superbement incongrues de Vladimir Cosma

A l'heure où l'on vient de nommer cinq des plus mauvais films de l'année dans la catégorie Meilleure comédie des Golden Globes (j'exagère À PEINE), j'ai décidé (un peu inconsciemment) que la coupe était pleine et qu'il était temps de rendre hommage au vrai cinéma comique bien de chez nous, celui de Gérard Oury, Claude Zidi et autres Francis Veber.

Après mon petit laïus d'il y a quinze jours sur l'excellente autobiographie de ce dernier, j'ai maintenant envie de m'atteler à un autre gros dossier. Car que seraient tous ces gens-là sans l'apport incontournable de Vladimir Cosma, compositeur d'origine roumaine bi-césarisé, une fois pour la BO de Diva de Jean-Jacques Beineix, l'autre pour Le Bal d'Ettore Scola ? Je vous le demande.

D'ailleurs ce n'est pas de ces oeuvres-là dont je veux parler. Pas même de Reality, chanson-phare de La Boum, et encore moins de la non moins mythique chanson de Guy Marchand, Destinée, dont Cosma est le compositeur. Car là où Vlad a excellé en silence, sans recevoir jamais une seule récompense digne de ce nom, c'est dans la musique de comédie, y incorporant à chaque fois sa touche personnelle, une flûte de pan, un cymbalum ou un joyeux pipeau ; une audace constante qui fait de lui, non je n'ai pas peur de le dire, une sorte d'Ennio Morricone français. Oui madame.


1. L'aile ou la cuisse
Voilà un morceau qui synthétise parfaitement tout l'art de Vladimir Cosma. Ça commence comme un Te Deum de Charpentier, mais cette effusion classique est bien vite oubliée avec cette succession d'anachronismes à la fois ridicules et fabuleux, à base de voix féminines, de lignes de basse minimalistes et de hi-hats batifolants. Un ensemble génialement grotesque qui sied bien au film qu'il illustre, ce chef-d'oeuvre de Claude Zidi incarné par Coluche et Louis de Funès.



2. Clérambard
Avant d'illustrer une insupportable pub Ricoré de 2004, ce morceau intitulé Les demoiselles de province figurait dans la bande originale de Clérambard, un film d'Yves Robert avec Philippe Noiret (1969). Mais écoutez de plus près la finesse de l'arrangement, cette mélodie jouée par ce que je pense être une variété de kazoos, posée sur une basse funky, un beat énergique et un accompagnement cuivré tout à fait dans le style de ce qui se faisait dans les films de gangsters italiens à la même époque (Morricone tout ça).



3. Le Placard
Bon, Le Placard, on aime ou on n'aime pas le film (moi j'aime) mais il faut quand même admettre que ce thème principal est proche de la perfection, et aurait très bien pu accompagner un film de Fellini sans qu'on fasse la différence avec son compositeur habituel, Nino Rota (qui est une de mes idoles, soit dit en passant). J'ai créé un compte soundcloud rien que pour ce morceau, faites-lui honneur.



4. Le dîner de cons
On a tendance à l'oublier mais s'il est vrai que le scénario du Dîner de cons a quelque chose d'éblouissant, au même titre que la performance de ses acteurs, c'est aussi le cas de sa bande originale. Il semble que Vladimir Cosma ait vécu à la fin du XXe siècle une sorte de révélation reinhardtienne car sa composition pour le Dîner de cons dénote d'influences manouches aussi impromptues que surprenantes, maîtrisées à la perfection (retrouvées plus tard dans différents titres de la BO du Placard d'ailleurs). Mais l'adepte du mélange de styles qu'est notre ami Vlad ne s'arrête pas là et balance une orchestration classique du plus bel effet. Et ça donne ça :



5. Les aventures de Rabbi Jacob
Là encore tout y est, la basse délicatement slappée, les cuivres, les cordes, les voix, et la mélodie qui claque. C'est tout.



6. Les compères
En 1983, Vladimir Cosma avait déjà un peu tout fait. Mais pas encore un thème principal siffloté comme quand on va à la pêche entre potes. C'était parfait pour Les Compères, encore un excellent film de Francis Veber. D'ailleurs si tu z'aimes les musiques de films avec un mec qui siffle dedans, tu peux aussi consulter ce top 10 spécial "thèmes de films avec un mec qui siffle dedans".



7. Banzai
Je ne sais pas si Vladimir Cosma s'est drogué dans sa vie, mais s'il l'a fait, je pense qu'il a composé cette BO dans un sacré trip. C'est donc une sorte d'hymne funky accentuée de scintillements japanisants et de scansions vigoureuses qu'il offre à Claude Zidi pour son film Banzai, en n'oubliant pas les curieux solos de violon ou de flûte orientale qui jalonnent le morceau. Sinon le film était marrant, un peu.



8. La chèvre
Comme dirait Vincent Perrot, une musique peut ressembler à un acteur. C'est pour ça que désormais, chaque fois que j'entends une flûte de pan, je ne peux m'empêcher de penser au visage jovial et épanoui de Pierre Richard dans La Chèvre, excellentissime film de Francis Veber.



9. Inspecteur La Bavure
Je n'ai pas grand chose à dire sur la BO de cette oeuvre de Claude Zidi (encore lui), donc je vais plutôt parler du film, que je n'ai pas vu depuis longtemps d'ailleurs ; mais je me souviens très bien qu'au début Depardieu est brun et il a une moustache et comme c'est un méchant il change de visage pour ne pas se faire griller et devient le Depardieu avec la tête que l'on connaît (blond et sans moustache) et personne ne le reconnaît alors que quand même la différence est assez faible. Et sinon il y a aussi Coluche dans le film. Film sympa, au demeurant.



10. Le grand blond avec une chaussure noire
Celle-là je trouve que tout le monde l'a assez entendue mais je l'aime quand même. Je conseillerais néanmoins à mes chers lecteurs de jeter une oreille du côté des bandes originales du Jouet, du Distrait, de Je suis timide mais je me soigne... Ou mieux, de s'acheter le coffret en deux volumes (bientôt 3) de l'intégrale des BO de Vladimir Cosma. Ou mieux, de me l'offrir pour Noël. Vous ne le regretterez pas.

mardi 30 novembre 2010

Que ça reste entre nous, l'autobiographie de Francis Veber

Ouais ouais foutez-vous de ma gueule. Ou demandez-moi plutôt pourquoi, la première fois que je parle d'un livre sur ce blog (la deuxième en fait), je choisis la biographie de Francis Veber, réalisateur de comédies franchouillardes légères et/ou potaches.

Eh bien tout simplement parce que je considère ce monsieur comme l'un des grands auteurs du cinéma français, d'abord scénariste pour Lautner, Yves Robert, Molinaro, De Broca, Granier-Deferre, Verneuil, Annaud, Arcady mais surtout auteur-réalisateur de quatre des meilleures comédies françaises du XXe siècle, La chèvre, Les compères, Les fugitifs et Le dîner de cons. Malgré sa petite baisse de régime depuis quelques années je trouve que le moment est parfaitement choisi pour faire un bilan de cette carrière riche et fructueuse.

Alors en lisant ce bouquin, évidemment on en apprend beaucoup sur Francis Veber. Il est le descendant d'une grande lignée d'écrivains (Pierre Veber, Tristan Bernard, ...) et avait commencé des études de médecine avant de se rendre compte de son goût (et son talent) pour les mots. D'ailleurs son livre est très bien écrit, un plaisir à lire. Ils sont bien choisis ces mots, les métaphores claquent, le style est enlevé, souvent drôle.

Son écriture est également diablement efficace quand il raconte l'assassinat de son frère à 20 ans (j'ai failli chialer) ou les autres tourments auxquels il a été confrontés durant sa vie (fausse couche (de sa femme), dépression, mort de ses parents). Bref on saura tout sur Francis Veber, car il raconte tout. Heureusement, les évocations de sa vie personnelle ne sont que des parenthèses entre tout ce qu'il raconte de sa carrière, qui est très riche, aussi.

Et on redécouvre qu'avant de réaliser son premier chef-d'oeuvre (La chèvre bien sûr), Veber avait déjà pas mal bourlingué : écrit pour le théâtre puis le cinéma L'emmerdeur, puis Le Grand blond, Le magnifique, Adieu poulet, Peur sur la ville (pas que des nanars hein) et même Le Professionnel (reprenant un script abandonné par Michel Audiard, puis fignolé a posteriori par le fiston Jacques, qui sera d'ailleurs le seul auteur crédité au générique). Puis l'adaptation cinématographique de La cage aux folles, avant Coup de tête et parallèlement le début d'une brillante carrière de réalisateur avec la trilogie Depardieu/Richard, son exil à Los Angeles et ses tentatives à Hollywood, puis son come-back retentissant avec Le dîner de cons, la pièce puis le film.

"Mais je ne fais pas le pitre !" : Ça c'est du cinéma.

Au passage, il en profite pour faire un portrait sans concession des personnages forts qu'il a rencontrés : les chieurs (Ugo Tognazzi, Lino Ventura, Philippe De Broca, Matthew Broderick, Billy Wilder (un peu), ...), les escrocs (Eddie Murphy, Warren Beatty, eh oui msieu-dames, c'en sont), les ivrognes (Gérard Depardieu, Nick Nolte, Jacques Villeret), et aussi les braves types (Claude Berri, Edouard Molinaro, les frères Zucker, ...).

A travers une foule de petites anecdotes plus ou moins croustillantes, c'est un tableau complet du monde du cinéma qui est dressé par notre ami Francis. Le regard d'un auteur, d'un artiste, qui aura connu les bides, la gloire, les pannes d'inspiration, et aura été la victime occasionnelle de producteurs véreux ou d'acteurs ingérables. Un sacré récit. Et un truc à lire, assurément.

jeudi 18 novembre 2010

10 bonnes raisons d'aller voir Rubber, de Quentin Dupieux

Voilà une semaine que je clame à tous vents et sur tous les toits que Rubber est le film de l'année, presque un chef-d'oeuvre, tout du moins une oeuvre incontournable et qu'il faut donc aller le voir. Devant l'incrédulité et la défiance générale, j'avais eu l'idée d'exposer en 57 points pourquoi ce film est génial et pourquoi il faut à tout prix aller le voir. Pourquoi 57 ? No reason (huhu). Mais comme je sais que mes lecteurs sont des gens très occupés, j'ai finalement décidé de m'en tenir à 10 (oui c'est la seule et l'unique raison). Les voici :


1. Le premier long-métrage tourné avec un appareil photo
C'est par son manque de patience que l'on doit à Quentin Dupieux d'avoir choisi un appareil photo pour tourner son film. Fatigué de la lenteur du processus traditionnel, il a fait le choix du Canon 5D, qui permettait de tourner rapidement sans trop de tergiversations. Une brillante idée puisque le résultat est superbe. Rubber est et visuellement l'un des plus beaux films de l'année. J'ai l'impression que ce film est le premier d'une longue série, et qu'il est donc une REVOLUTION, pour le même prix que les tristes navets qui l'accompagnent à l'affiche (j'exagère, y a des bons films en ce moment mais PEU IMPORTE !).

2. Un point de départ dingue
L'histoire d'un pneu télékinésiste et psychopathe. Si vous n'avez pas envie de courir en direction du cinéma le plus proche en lisant un tel pitch, vous êtes un nazi.

3. Un film de genre de qualité supérieure
Avant toute chose, Rubber est un film de genre, horrifique et gore. Le héros est un pneu d'accord, mais c'est aussi un tueur psychopathe et avide de meurtre. Et quels meurtres ! Dupieux a certainement consulté ses classiques (Scanners et autres) avant de tourner, car il nous gratifie tout au long du film de superbes explosions de tête, des modèles du genre, techniquement sublimes, parfaitement sonorisées. Et je m'y connais.

4. Une astuce scénaristique brillante
L'histoire du pneu tueur ne vous suffit pas ? Moi non plus et c'est là que ce film est GENIAL. Ce pitch de série B n'est qu'un prétexte car la véritable histoire du film est celle de ces spectateurs munis de jumelles qui suivent en même temps que nous les tribulations du pneu fou. Dupieux passe son temps à passer d'une histoire à l'autre, faisant parfois faire à ces spectateurs des commentaires auxquels on avait pensé quelques secondes plus tôt (les fesses de Roxane Mesquida). Troublant. Les deux histoires sont liées par un personnage énigmatique, obéissant à une force supérieure à peine évoquée, dont on prendra soin d'imaginer nous même l'identité.

5. Le film qui vous fait ressentir les émotions d'UN PNEU
Car oui, dans Rubber, le pneu est un être vivant. On ressent ses émotions, ses interrogations, ses peurs, on s'identifie à lui, on comprend ce que c'est d'être lui. On comprend surtout le pur génie de Dupieux quand dans la meilleure scène du film, on suit dans un long travelling ce pneu tituber d'allégresse après le meurtre orgasmique d'un pauvre lapin. Du grand art.

6. Des acteurs au niveau
Ca a l'air con à dire, mais Stephen Spinella, acteur quasi-inconnu, petit rôle dans Harvey Milk et dans des films que personne n'a vu, vaut à lui seul de voir Rubber. C'est une faconde, une assurance, une présence, une force comique inattendues que l'on découvre en le voyant monologuer sur le No-Reason (cf. 10), mener avec entrain une enquête policière insensée ou expliquer l'inexplicable à ses collègues médusés. Autour de lui, la jolie Roxane Mesquida est parfaite en objet sexuel (comme d'habitude), tout comme Jack Plotnick, Wings Hauser et tout les autres d'ailleurs. Sans oublier le pneu, dont l'animation semble avoir fait l'objet d'une attention toute particulière, filmé très souvent en plan large même dans des déplacements assez périlleux. On se demande parfois si ce n'est pas un vrai pneu vivant qui a été filmé.


7. Une mise en scène soignée
Des cadrages superbes, des travellings élégants, sobres et efficaces, la réalisation est fourmillante d'idées, à tel point que l'on peut voir la même scène quatre fois de suite sans jamais se lasser, je parle en l'occurrence de celle où Robert (le pneu) découvre ses capacités et les teste sur plusieurs victimes (objets et animaux divers), une séquence admirable, redondante mais passionnante.

8. Le film d'un vrai auteur (français en plus)
Pour ceux qui seraient tombé sur Nonfilm, le premier film de Quentin Dupieux, impossible de ne pas voir dans Rubber la continuité de cette réflexion semi-nihiliste sur la représentation cinématographique et la relation spectacle/spectateur. Entre les deux, il y a eu Steak, film pas inintéressant où l'on retrouvait néanmoins ce ton fun et décalé, mais un peu dissimulé par la présence des stars Eric et Ramzy. Dans Rubber, on revient dans le plus pur style Quentin-Dupieux, absurde et hilarant comme du Blier, absurde et abscons comme du Buñuel. Tout ce qu'on aime.

9. Une BO qui tue
Quentin Dupieux étant qui il est (Mr Oizo rappelons-le), il ne pouvait faire autrement que de composer lui-même la BO de son film, comme il l'avait fait avec Steak. Il avait cependant collaboré avec deux autres pontes de la french touch (Sébastien Tellier & SebastiAn) et cette fois c'est la moitié moustachue de Justice, Gaspard Augé, qui est venue lui prêter main forte. Le résultat est une merveille, hétéroclite et jouissive, croisant des mélodies élégantes, sifflées, flûtées ou plaquées au clavier, à des influences diverses (John Carpenter, Carter Burwell, Philip Glass, …). Le point culminant étant assurément ce Tricycle Express morodérien entendu en fin de film. Et en bonus, un morceau non orignal, excellent au demeurant, du groupe funk Blue Magic, qui semble pourtant avoir été composé pour le film (la fameuse scène de plénitude post-meurtrem cf. 5).

10. Un magnifique hommage au No-Reason
Dans une impeccable scène d'ouverture, Stephen Spinella expose sa théorie sur la place du No-Reason dans les chefs-d'oeuvre du cinéma. "Pourquoi dans ET, l'extraterrestre est-il marron ? No reason". Une question que l'on ne s'était jamais vraiment posé et qui prend tout son sens métaphysique dans la suite du film. On restera pendant 1h30 (et même après) dans cette incertitude, est-ce que ce film a seulement un sens, est-ce que tout cela n'est pas juste une vaste blague ? Question que l'on peut extrapoler à l'infini. Le cinéma. L'art. La vie. L'univers.

lundi 15 novembre 2010

Critique : The Dinner, de Jay Roach

Sorti dans 9 salles en France, The Dinner est visiblement boudé par les distributeurs. On peut le comprendre car en plus d'être le remake d'une des meilleures comédies françaises du XXe siècle (ce qui est un sérieux handicap), c'est tout simplement un mauvais film, dont les scénaristes n'ont visiblement rien compris à l'intelligence du scénario original de Francis Veber.

Car mises à part quelques situations qui tiennent plus lieu de clin d'oeil, le scénario du Dîner de Cons a totalement été remanié pour ce film. Celui de Veber se déroulait presque intégralement dans un appartement alors que celui de Jay Roach est beaucoup plus volatil, et ce sont deux jours entiers que le Brochant américain passe à être torturé par ce Pignon artiste-taxidermiste proche de l'encéphalogramme plat.

La première erreur du script à mon avis, c'est qu'ici le méchant Mr Brochant s'est transformé en un gentil cadre dynamique que ses salauds de patrons forcent à participer à un dîner de cons en vue d'une promotion (idée de départ complètement nulle, soit dit en passant). Du coup, on est presque gêné de voir ce pauvre Paul Rudd vivre un enfer à cause de ce con vraiment très con joué par un Steve Carell vraiment très lourd, sans aucune retenue.


Partant avec un déséquilibre aussi grand, le film est obligé de se ramasser. Et malgré quelques moments drôles (la blague de Morgan Freeman, vue dans la bande annonce), voire poétiques (l'idée des petites maquettes de souris empaillées), il est très difficile de rire aux pitreries incessantes de Steve Carell, et encore moins d'un Paul Rudd dont le personnage est totalement délaissé.

Heureusement, quelques seconds rôles sauvent le film du naufrage complet, notamment Zach Galifianakis (encore lui) assez fort en inspecteur des impôts psychotique, ou Jemaine Clement qui après Gentlemen Broncos s'impose comme un expert absolu pour jouer les stars underground ravagées.

Tout cela n'est pas suffisant pour faire de ce Dinner un film agréable, d'autant qu'il aura enlevé à l'original toute sa subtilité et sa méchanceté.

vendredi 12 novembre 2010

Critique : Date limite, de Todd Phillips

Après avoir triomphé en salles avec Very Bad Trip, Todd Phillips revient cette semaine avec Date Limite, s'attaquant à un genre pas si facile, le buddy-movie (preuve dans The Dinner, sorti cette semaine aussi). Depuis la sortie du film, on lit parfois la critique entrevoir une filiation avec le maître français du genre, Francis Veber (scénariste de L'emmerdeur et réalisateur de La Chèvre, Les compères, Les fugitifs et Tais-toi entre autres). Sans aller jusque là, on peut quand même considérer Date Limite comme une réussite.

Peter Highman (Robert Downey Jr) doit rejoindre sa femme à l'autre bout des Etats-Unis avant son accouchement, mais par une série de tuiles, il est contraint de faire le voyage en voiture avec Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), individu particulièrement inconscient et maladroit.

On retrouve effectivement dans la trame de départ une certaine ressemblance avec celles interprétées par le tandem Depardieu/Richard de la grande époque, cependant, ce nouveau duo fait plus souvent penser à celui que formaient Jeff Bridges et John Goodman dans The Big Lebowski. D'ailleurs certaines scènes, si elles ne sont pas un hommage, sont clairement influencées par le chef-d'oeuvre des frères Coen (les cendres du papa dans la boite de café, la tenue de mission de Zach Galifianakis).

Les bouffonneries de Zach Galifianakis ne prendraient pas si son partenaire n'était pas ce Robert Downey Jr sobre et stoïque. C'est le fait qu'il cherche constamment à contenir son énervement qui provoque le rire, et on rit plus encore quand la tension est trop forte et qu'il se laisse aller à quelques débordements (cf. la scène du gamin chiant).


Une fois l'équilibre trouvé entre les deux personnages, il ne reste qu'à dérouler le film et imaginer toutes sortes de situations, plus rocambolesques les unes que les autres. C'est d'ailleurs là où le film est beaucoup moins fort que ceux de Francis Veber, mais peu importe, les situations sont drôles et les divers personnages rencontrés apportent de l'eau au moulin du duo principal. La singularité de ce tandem suffit à faire des situations les plus éculées (fumage de pétards, etc.) de vraies scènes de comédie.

Evidemment, on n'échappera pas à quelques effusions sentimentales, mais elles sont rares et souvent désamorcées avec force par une réplique ou une vanne qui va bien.

Pour toutes ces raisons, disons tout de go que Date Limite est le deuxième film à voir de la semaine (après Rubber évidemment, qui lui est le film de l'année).

mercredi 10 novembre 2010

Critique : Potiche, de François Ozon

Je n'ai pas envie de cacher que j'avais prévu une introduction assez dingue pour cette critique, toute en allitérations à base de potiche, pitch, potache, putsch, et pourquoi pas postiche, patch et pistache. Mais je n'ai pas vraiment réussi à goupiller tout ça harmonieusement. Alors restons simples, je me contenterai sobrement d'écrire qu'avec un casting et un réalisateur prestigieux, Potiche est assurément le "film de la semaine", c'est-à-dire celui que les gens vont aller voir avec plaisir et enthousiasme à partir de ce 10 novembre.

Ils n'ont pas tout à fait tort les gens, parce qu'on aurait tort de se priver d'une union Deneuve + Luchini + Depardieu, dirigés par un réalisateur talentueux et reconnu. Mais ils ont quand même un peu tort, déjà parce que LE film de l'année sort le même jour (Rubber). Ensuite parce qu'il semble désormais presque évident que François Ozon n'est pas fait pour la comédie.

Adaptant une pièce de théâtre de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy (en deux mots l'histoire d'un PDG macho qui se fait remplacer par sa femme à la tête de son entreprise), le réalisateur de 8 femmes n'arrive que très rarement à en faire un film. Les dialogues ciselés de la pièce tombent souvent à plat, la faute à une interprétation souvent maniérée et déclamatoire et une mise en scène misant tout sur une esthétique seventies un peu fun mais ne cherchant que secondairement à rendre les gags efficaces.

Pas aidés non plus par leurs personnages, un poil caricaturaux, les comédiens sont à la peine, notamment Jérémie Rénier en fils modèle efféminé ou Judith Godrèche en blondasse antipathique, qui ont beaucoup de mal à se rendre crédibles. Le trio principal s'en sort mieux heureusement, et donne au film ses meilleurs scènes, dans des registres familiers : Luchini excelle dans la logorrhée excédée, tranchant avec une Deneuve calme et espiègle, tandis que Depardieu reprend avec brio son rôle désormais habituel d'homme fruste au grand coeur.


On rit quand même, parfois, quand le film parvient à transcender son matériau théâtral de base pour en faire un vrai film de comédie, y apporter de vraies situations et de vraies répliques de cinéma. Dommage que la plupart du temps, Ozon reste si paresseux dans son adaptation, se contentant souvent de balancer une allusion balourde ou un gag bon marché.

Quant au message sous-jacent du film, s'il y en a un, il est délivré avec assez de maladresse pour qu'on n'ait pas vraiment envie de le comprendre ni même s'y intéresser. Le côté un peu ridicule de la scène finale montre bien qu'il n'y aura pas de grands enseignements à tirer de ce conte contemporain, sympathique mais pas indispensable.

samedi 23 octobre 2010

Critique : Les petits mouchoirs, de Guillaume Canet

Guillaume Canet, avec déjà trois films à son actif en tant que réalisateur, est déjà un cinéaste fascinant. Après le très réussi Mon Idole et le multi-césarisé Ne le dis à personne, deux films tout à fait différents, le voilà qui réunit tous ses amis dans Les petits mouchoirs, comédie vacancière très personnelle (paraît-il) dont le fond dramatique semblerait se réclamer de Claude Sautet, entre autres.

Max (François Cluzet) invite comme chaque année tous ses amis dans sa grande maison du Cap-Ferret. L'un deux (Jean Dujardin) est victime d'un grave accident peu avant le jour du départ. Ils décident de partir quand même, le laissant sur son lit d'hôpital.

Après une scène d'ouverture renversante (jeu de mot !), puis une visite éprouvante à l'hôpital, on a très vite l'impression qu'on ne va pas beaucoup rigoler. Mais il suffit que nos amis se décident finalement à partir envers et contre tout pour que l'atmosphère se détende. On semble alors se tourner vers la comédie, une comme celles qu'on voit régulièrement au cinéma, sans prétention, légère et sympathique.

Dans ce domaine, Canet s'en sort plutôt bien. Les personnages sont un brin caricaturaux mais les situations sont drôles, les acteurs aussi, surtout François Cluzet, exceptionnel en propriétaire bling-bling et nerveux. Petit défaut toutefois, le film a une fâcheuse tendance à renfermer ce groupe d'amis sur lui-même en les montrant se gausser eux-mêmes de leurs propres pitreries, une façon de doubler le rire du spectateur, qui peut facilement s'en sentir exclu.

Une scène drôle.

Mais si c'était le seul défaut, on pourrait encore dire que Les petits mouchoirs est un bon film, fort de son rythme enlevé, ses répliques cinglantes et ses situations drolatiques. Seulement, il ne l'est pas et pour une raison simple, Guillaume Canet est beaucoup trop audacieux. Comédie pure ? déjà fait, il veut aller plus loin, mettre vraiment de lui dans son film. Et mettre de lui, c'est forcément faire dans le triste, le mélo, le grave. Et quand il cherche à faire du sérieux avec de l'invraisemblable (Magimel subitement amoureux de Cluzet, son ami de 15 ans), le rendu sonne affreusement faux. C'est naïf, c'est sot.

Mais admettons… Passe encore qu'on veuille préserver un certain équilibre en opposant chaque marrade à un moment d'amertume, qu'on cherche à susciter l'émotion avec une musique ad hoc (Nina Simone and co), qu'on fasse durer au maximum les moments mélancoliques pour montrer que la vie n'est pas toujours que drôle, même en vacances (mention spéciale pour la soirée guitare, featuring Maxim Nucci en zicos barbu, et son tour de chant interminable). Passe encore que ces vacances entre potes soient raisonnablement ternies par le spleen ou les petites histoires personnelles de chacun. Bref, passe encore que le réalisateur sorte de dépression et qu'il veuille en faire part à ses spectateurs, par petites touches. Mais quand au bout de deux heures, au moment où depuis longtemps un cinéaste modeste ferait défiler le générique, Guillaume Canet veut enfoncer le clou, et passe définitivement du côté obscur, celui du pathos sans limite, de l'orgie tragique, Les petits mouchoirs devient bouleversant, bouleversant de ridicule, et devient surtout un très ! mauvais !! film !!!


C'est ainsi qu'entre deux rabibochages de membres de ce groupe qui nous indiffère de plus en plus seconde après seconde, on aura finalement passé la plupart du temps à béer devant les incroyables épanchements lacrymaux de Marion Cotillard (qui pleure de PARTOUT), prendre des leçons de vie véhémentes (mais pleines de bon sens forcément) du vieux loup de mer du groupe ou encore le voir déverser son fiel ou des sacs de sable dans des endroits incongrus. Et surtout, regarder sa montre, beaucoup.

Et un moment le film s'arrête. Soulagé mais accablé, on se demande quelle mouche à piqué Guillaume Canet avant qu'il choisisse de dénouer sa petite histoire de vacances dans un sinistre aussi complet. Au final, on choisira de ne retenir que la partie fun du film, celle qui met en scène un François Cluzet luttant contre les marmottes de son grenier, celle qui présente une foule de petites saynètes futiles, mais drôles, un peu dans l'esprit Nos enfants chéris, très loin de la gravité et du pathétisme ultra-démonstratif et totalement improductif dont souffre le reste du film.

Et comme on a affaire à un film choral avec au moins 11 acteurs principaux, j'ai bien envie d'introduire un concept golri dans cette critique négative, pour détendre l'atmosphère. Donc c'est parti pour le...


BONUS SPORT ET VACANCES : LE JEU ET LES JOUEURS
(pas) en partenariat avec 

François Cluzet (8) : sans conteste l'homme du match, le vieux briscard du groupe a été l'auteur de nombreux exploits individuels et a constamment tiré l'équipe vers le haut, avant une baisse de régime en fin de partie.

Valérie Bonneton (6.5) : évoluant dans un rôle un peu ingrat, elle s'est est bien sorti, multipliant les bonnes passes en profondeur, et forme une belle paire d'attaque avec Cluzet.

Benoît Magimel (3.5) : A vouloir trop jouer dans la profondeur, il a lamentablement échoué tout ce qu'il a entrepris, et ce dans tous les compartiments du jeu avant de se trouer définitivement en toute fin de partie.

Gilles Lellouche (6) : dans son rôle habituel, il s'est montré à son aise, bien en jambes, et s'en est tiré avec les honneurs.

Laurent Lafitte (6) : encore un peu juste techniquement, le jeune Lafitte est néanmoins promis à un grand avenir, il hérite là d'un rôle assez inintéressant et s'en acquitte sans trop de dégâts.

Pascal Arbillot (5.5) : a alterné le bon et le moins bon, elle a semblé avoir eu du mal à se situer. Un peu en retrait dans l'ensemble.

Marion Cotillard (6) : la star internationale de l'équipe s'est contentée des fondamentaux mais a par moments offert au public de jolis gestes techniques (notamment une belle dégoulinure du nez (© JB Morain)).

Jean Dujardin (-) : victime dès la 3ème minute d'un tacle très agressif, il est sorti sur civière. On attend les résultats de l'IRM, qui risquent de n'être pas très bons.

Louise Monot (4.5) : fantômatique, elle a été remplacée par Anne Marivin qui sur le flanc droit (de la voiture de Laurent Lafitte) n'a pas particulièrement brillé non plus.

Hocine Mérabet (4.5) : beaucoup de déchet pour le réserviste déniché par Guillaume Canet mais il a beaucoup couru, signe de sa bonne volonté.

Maxim Nucci (4) : rentré vers la 80ème minute (à peu près) pour apporter un peu de fraîcheur, il a plus ralenti le jeu qu'autre chose, et s'est fait sortir bien vite.

samedi 16 octobre 2010

Top 10 des pianistes révolutionnaires du XXIe siècle

Cela va faire bientôt deux mois que le meilleur album de l'année 2010 est sorti. Il s'agit de Ivory Tower de Gonzales, qui sert d'ailleurs de bande originale pour un film au charme fou, qui porte le même nom et sortira en salles à une date indéterminée, peut-être jamais.

Knight Moves, le premier titre d'Ivory Tower, est un authentique chef-d'oeuvre. S'ouvrant sur quatre simples accords de piano, progressivement suppléés par de jolis arpèges puis par une ligne rythmique disco, le morceau étale sur quatre minutes son thème parfait, ponctué ça et là d'un refrain morriconien tout en voix féminines et cordes éthérées.

J'ose affirmer que Chilly Gonzales fait partie de ces gens qui font avancer la douce musique du piano à travers notre siècle, en digne héritier de Bach, Beethoven, Schubert, Chopin, Liszt, Debussy, Satie, Joplin, Jarrett, Elton John et Roger Hodgson. Heureusement, il n'est pas seul.


1. Gonzales (38 ans, Canada)
Génie musical, comme il aime à se présenter lui-même, Chilly Gonzales s'est forgé au fil des années une solide réputation d'artiste farfelu et multitâche. Sa carrière a débuté il y a dix ans avec un album de hip-hop, puis s'ensuivirent trois autres dans la même veine ; mais son talent a explosé à la face du monde en 2004 avec Solo Piano, album de solos de piano (oui) visiblement inspiré par Joplin et Satie, et pourtant unique en son genre. La même année, il asseyait aussi son statut de producteur pour des albums de Feist, Katerine et Jane Birkin.
Mais c'est sur scène qu'il est révolutionnaire. Avec un piano, il peut tout faire, tout jouer, mais surtout ne se départ jamais de son humour très personnel, directement lié à la musique. L'un de ses spectacles s'appelait d'ailleurs Piano Talk Show : entre deux morceaux, il y donnait des cours hilarants de théorie musicale (clique !), faisait part de quelques "anecdotes glaçantes" sur son travail avec Charles Aznavour, proposait des extraits live de son prochain opéra autobiographique racontant son enfance de génie musical, et invitait même des illustres confrères à venir chanter avec lui (Katerine, Arielle Dombasle, Teki Latex).
Il est de surcroît le recordman du monde du concert le plus long (27 heures), que le théâtre Cine13 de Paris a eu l'honneur d'organiser. Il a également joué les mains de Gainsbourg dans la biographie "héroique" de Joan Sfar et est l'auteur des deux seuls bons titres de la bande originale de ce film épouvantable. Gonzales sait tout faire, et il le fait bien. Ci-dessous, deux de ses titres-phares, DOT et Take me to broadway, en live.




2. Francesco Tristano Schlime (29 ans, Luxembourg)
Pianiste classique de formation, Francesco Tristano délaisse depuis quelques années la musique baroque pour faire avancer la musique contemporaine. Son album Not for Piano en 2007 laissait déjà entrevoir une patte unique, une nouvelle façon d'appréhender son instrument et une nette orientation vers la musique électronique. Le pas est franchi deux ans plus tard avec son groupe, Aufgang, dont l'objectif affirmé est de casser les frontières entre musiques acoustique et électronique. Et c'est une franche réussite ; entre l'énergie dancefloor de Sonar, le dynamisme rock de Channel 7 (ci-dessous), les évocations classicistes du bien nommé Barok et le charme foutraque de Dulceria, le son de Francesco Tristano est toujours là pour dynamiter les codes. Il vient de sortir un nouvel album solo Idiosynkrasia, et se produit assez régulièrement seul au piano pour des récitals classiques, mais également avec Aufgang, ou d'autres confrères du monde électronique (Carl Craig, Murcof) pour d'occasionnelles expérimentations.



3. Maxence Cyrin (France)
Fan de Chopin et de Debussy autant que d'Aphex Twin ou LFO, Maxence Cyrin s'est piqué de lier les deux univers en reprenant au piano des titres phares de la musique électronique dans Modern Rhapsodies, un album sorti en 2005. Il donnait alors une seconde jeunesse à des morceaux aussi divers que Behind the wheel de Depeche Mode, Acid Eiffel de Laurent Garnier ou Go de Moby. Depuis il a sorti un deuxième album, Novö Piano, basé sur le même concept où cette fois-ci ce sont MGMT, Justice ou Arcade Fire qui sont passés à la moulinette de ce spécialiste de la cover pianistique.



4. Kae Shiraki (Japon)
Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression qu'un film où le personnage principal est un pianiste a toujours du succès. Et pour mieux confirmer cette règle, j'ai bien envie de parler de Quatre Minutes, film allemand sorti en 2006 et très peu vu, l'histoire d'une détenue virtuose qui entretient une relation tumultueuse avec sa professeur pète-sec et vieux jeu. Si le film ne laisse pas un souvenir impérissable, ce n'est pas le cas de la bande son, partagée entre morceaux classiques et composition originales. L'une de celles-ci est l'oeuvre de la compositrice japonaise Kae Shiraki, qui passe par toutes les touches, toutes les cordes du piano et toutes les émotions dans ce morceau joué pendant la séquence la plus prenante du film, celle qui lui donne son nom. Quatre minutes ébouriffantes, qui justifient à elles-seules la vision du film et la quatrième place de ce top (oui parce qu'en fait j'avoue que je ne sais pas trop qui est cette femme).



5. General Elektriks (40 ans, France)
Personnellement, je ne suis pas un féru des concerts, mais s'il y a un artiste dont les performances live justifient vraiment de payer sa place, c'est bien le claviériste de génie Hervé Salters alias General Elektriks. Auteur de l'un des meilleurs albums de l'année dernière, ses concerts sont vraiment l'occasion de revisiter ses titres, de les prolonger. A dire vrai, ce garçon n'a rien à faire dans cet article car je ne l'ai jamais vu devant un piano. Son instrument c'est le clavinet, mais il le maîtrise tellement que je m'autorise ce petit écart de conduite. Ouais, on n'avait pas entendu un clavier claquer comme ça depuis Stevie Wonder.




6. et 7. Brad Mehldau (40 ans, USA) et Yaron Herman (29 ans, Israël)
On dira ce qu'on voudra mais le free-jazz c'est quand même de la merde. Il faut sûrement être un initié de très haut niveau pour prendre son pied à entendre tous ces improvisateurs de génie se masturber le mi-bémol pendant vingt-quatre minutes dans un boeuf endiablé sans se soucier une seconde de rythme, d'harmonie, de musique (apparemment). Ces deux-là l'ont bien compris et convertissent les béotiens en reprenant des titres pop à la sauce jazzy. Beaucoup s'y casseraient les dents, mais quand c'est bien fait, ça passe. C'est ainsi que Brad Mehldau, spécialisé notamment dans Radiohead s'est rendu auteur d'un Paranoid Android en solo piano absolument parfait. Quant à Yaron Herman, plus jeune, on lui doit surtout ce trio pas piqué des hannetons inspiré du Toxic de Britney Spears.



8. Matthew Bellamy (32 ans, UK)
Il semblerait que Muse soit un peu sous-estimé ces derniers temps. Et pourtant je pense qu'on se souviendra longtemps de ce groupe et notamment de son leader Matthew Bellamy, qui ne s'est jamais reposé sur son succès, constamment en recherche de nouveauté, d'autres expériences musicales. Mais toujours une constante : des partitions de piano toujours joyeusement pêchues, aux inspirations diverses mais toujours illustres, de Rachmaninov à Philip Glass. Qu'on aime ou pas sa voix certes un peu criarde, on ne peut nier les talents de compositeur de cet autodidacte génial. J'estime d'ailleurs à douze le nombre de chefs-d'oeuvre dont il s'est rendu responsable en l'espace de quatre ans (1999-2003). Parmi lesquels :



9. Jon Brion (47 ans, USA)
Allez, il faut bien que je parle un peu de musique de films, je mets un point d'honneur à ce que ça soit ma spécialité. Le panthéon des compositeurs de BO ne s'est guère élargi depuis 2000, mais il faut bien avouer que les petits nouveaux (Desplat, Giacchino, Mansell, Andrews, Amar) s'en sortent plutôt bien. Parmi eux, mon choix se portera donc sur Jon Brion, qui a réussi à se démarquer grâce à un background piano-rock assez singulier. Après avoir travaillé avec quelques artistes cool tels que Aimee Mann, Fiona Apple ou Rufus Wainwright, Brion fut appelé par Paul Thomas Anderson pour mettre en musique Magnolia, puis Punch Drunk Love. Sa faculté à produire des compositions à la fois gaies et nostalgiques, classiques et avant-gardistes, a ensuite été mise à profit dans d'autres films du cinéma indépendant américain, notamment Eternal Sunshine of the Spotless Mind, I ♥ Huckabees, ou encore Synecdoche, New York :



10. Aphex Twin (39 ans, UK)
Je fais un peu les fonds de tiroir (le syndrome du top10-ending), sachant qu'Aphex Twin, maître de l'IDM, ne sait pas lire une partition et n'est pas vraiment un spécialiste de la musique acoustique, mais j'avais bien envie de conclure sur une note électro. Aphex Twin a sorti il y a quelques années un excellent album, Drukqs, dans lequel il élargissait encore le spectre de sa musique, livrant au passage quelques pièces pianistiques très étonnantes, dont Avril 14th, réutilisé depuis dans la pub, au cinéma, et en fond sonore de la moitié des reportages phares de 50 minutes inside ou autre 100% mag. A écouter aussi : Kesson Dalef ou Nanou 2. Autant de petits hommages à cet instrument assez puissamment utilisé également chez les collègues Amon Tobin ou Xploding Plastix (ces deux derniers liens sont recommandés par la maison).