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lundi 15 novembre 2010

Critique : The Dinner, de Jay Roach

Sorti dans 9 salles en France, The Dinner est visiblement boudé par les distributeurs. On peut le comprendre car en plus d'être le remake d'une des meilleures comédies françaises du XXe siècle (ce qui est un sérieux handicap), c'est tout simplement un mauvais film, dont les scénaristes n'ont visiblement rien compris à l'intelligence du scénario original de Francis Veber.

Car mises à part quelques situations qui tiennent plus lieu de clin d'oeil, le scénario du Dîner de Cons a totalement été remanié pour ce film. Celui de Veber se déroulait presque intégralement dans un appartement alors que celui de Jay Roach est beaucoup plus volatil, et ce sont deux jours entiers que le Brochant américain passe à être torturé par ce Pignon artiste-taxidermiste proche de l'encéphalogramme plat.

La première erreur du script à mon avis, c'est qu'ici le méchant Mr Brochant s'est transformé en un gentil cadre dynamique que ses salauds de patrons forcent à participer à un dîner de cons en vue d'une promotion (idée de départ complètement nulle, soit dit en passant). Du coup, on est presque gêné de voir ce pauvre Paul Rudd vivre un enfer à cause de ce con vraiment très con joué par un Steve Carell vraiment très lourd, sans aucune retenue.


Partant avec un déséquilibre aussi grand, le film est obligé de se ramasser. Et malgré quelques moments drôles (la blague de Morgan Freeman, vue dans la bande annonce), voire poétiques (l'idée des petites maquettes de souris empaillées), il est très difficile de rire aux pitreries incessantes de Steve Carell, et encore moins d'un Paul Rudd dont le personnage est totalement délaissé.

Heureusement, quelques seconds rôles sauvent le film du naufrage complet, notamment Zach Galifianakis (encore lui) assez fort en inspecteur des impôts psychotique, ou Jemaine Clement qui après Gentlemen Broncos s'impose comme un expert absolu pour jouer les stars underground ravagées.

Tout cela n'est pas suffisant pour faire de ce Dinner un film agréable, d'autant qu'il aura enlevé à l'original toute sa subtilité et sa méchanceté.

vendredi 12 novembre 2010

Critique : Date limite, de Todd Phillips

Après avoir triomphé en salles avec Very Bad Trip, Todd Phillips revient cette semaine avec Date Limite, s'attaquant à un genre pas si facile, le buddy-movie (preuve dans The Dinner, sorti cette semaine aussi). Depuis la sortie du film, on lit parfois la critique entrevoir une filiation avec le maître français du genre, Francis Veber (scénariste de L'emmerdeur et réalisateur de La Chèvre, Les compères, Les fugitifs et Tais-toi entre autres). Sans aller jusque là, on peut quand même considérer Date Limite comme une réussite.

Peter Highman (Robert Downey Jr) doit rejoindre sa femme à l'autre bout des Etats-Unis avant son accouchement, mais par une série de tuiles, il est contraint de faire le voyage en voiture avec Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), individu particulièrement inconscient et maladroit.

On retrouve effectivement dans la trame de départ une certaine ressemblance avec celles interprétées par le tandem Depardieu/Richard de la grande époque, cependant, ce nouveau duo fait plus souvent penser à celui que formaient Jeff Bridges et John Goodman dans The Big Lebowski. D'ailleurs certaines scènes, si elles ne sont pas un hommage, sont clairement influencées par le chef-d'oeuvre des frères Coen (les cendres du papa dans la boite de café, la tenue de mission de Zach Galifianakis).

Les bouffonneries de Zach Galifianakis ne prendraient pas si son partenaire n'était pas ce Robert Downey Jr sobre et stoïque. C'est le fait qu'il cherche constamment à contenir son énervement qui provoque le rire, et on rit plus encore quand la tension est trop forte et qu'il se laisse aller à quelques débordements (cf. la scène du gamin chiant).


Une fois l'équilibre trouvé entre les deux personnages, il ne reste qu'à dérouler le film et imaginer toutes sortes de situations, plus rocambolesques les unes que les autres. C'est d'ailleurs là où le film est beaucoup moins fort que ceux de Francis Veber, mais peu importe, les situations sont drôles et les divers personnages rencontrés apportent de l'eau au moulin du duo principal. La singularité de ce tandem suffit à faire des situations les plus éculées (fumage de pétards, etc.) de vraies scènes de comédie.

Evidemment, on n'échappera pas à quelques effusions sentimentales, mais elles sont rares et souvent désamorcées avec force par une réplique ou une vanne qui va bien.

Pour toutes ces raisons, disons tout de go que Date Limite est le deuxième film à voir de la semaine (après Rubber évidemment, qui lui est le film de l'année).

mercredi 10 novembre 2010

Critique : Potiche, de François Ozon

Je n'ai pas envie de cacher que j'avais prévu une introduction assez dingue pour cette critique, toute en allitérations à base de potiche, pitch, potache, putsch, et pourquoi pas postiche, patch et pistache. Mais je n'ai pas vraiment réussi à goupiller tout ça harmonieusement. Alors restons simples, je me contenterai sobrement d'écrire qu'avec un casting et un réalisateur prestigieux, Potiche est assurément le "film de la semaine", c'est-à-dire celui que les gens vont aller voir avec plaisir et enthousiasme à partir de ce 10 novembre.

Ils n'ont pas tout à fait tort les gens, parce qu'on aurait tort de se priver d'une union Deneuve + Luchini + Depardieu, dirigés par un réalisateur talentueux et reconnu. Mais ils ont quand même un peu tort, déjà parce que LE film de l'année sort le même jour (Rubber). Ensuite parce qu'il semble désormais presque évident que François Ozon n'est pas fait pour la comédie.

Adaptant une pièce de théâtre de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy (en deux mots l'histoire d'un PDG macho qui se fait remplacer par sa femme à la tête de son entreprise), le réalisateur de 8 femmes n'arrive que très rarement à en faire un film. Les dialogues ciselés de la pièce tombent souvent à plat, la faute à une interprétation souvent maniérée et déclamatoire et une mise en scène misant tout sur une esthétique seventies un peu fun mais ne cherchant que secondairement à rendre les gags efficaces.

Pas aidés non plus par leurs personnages, un poil caricaturaux, les comédiens sont à la peine, notamment Jérémie Rénier en fils modèle efféminé ou Judith Godrèche en blondasse antipathique, qui ont beaucoup de mal à se rendre crédibles. Le trio principal s'en sort mieux heureusement, et donne au film ses meilleurs scènes, dans des registres familiers : Luchini excelle dans la logorrhée excédée, tranchant avec une Deneuve calme et espiègle, tandis que Depardieu reprend avec brio son rôle désormais habituel d'homme fruste au grand coeur.


On rit quand même, parfois, quand le film parvient à transcender son matériau théâtral de base pour en faire un vrai film de comédie, y apporter de vraies situations et de vraies répliques de cinéma. Dommage que la plupart du temps, Ozon reste si paresseux dans son adaptation, se contentant souvent de balancer une allusion balourde ou un gag bon marché.

Quant au message sous-jacent du film, s'il y en a un, il est délivré avec assez de maladresse pour qu'on n'ait pas vraiment envie de le comprendre ni même s'y intéresser. Le côté un peu ridicule de la scène finale montre bien qu'il n'y aura pas de grands enseignements à tirer de ce conte contemporain, sympathique mais pas indispensable.

samedi 23 octobre 2010

Critique : Les petits mouchoirs, de Guillaume Canet

Guillaume Canet, avec déjà trois films à son actif en tant que réalisateur, est déjà un cinéaste fascinant. Après le très réussi Mon Idole et le multi-césarisé Ne le dis à personne, deux films tout à fait différents, le voilà qui réunit tous ses amis dans Les petits mouchoirs, comédie vacancière très personnelle (paraît-il) dont le fond dramatique semblerait se réclamer de Claude Sautet, entre autres.

Max (François Cluzet) invite comme chaque année tous ses amis dans sa grande maison du Cap-Ferret. L'un deux (Jean Dujardin) est victime d'un grave accident peu avant le jour du départ. Ils décident de partir quand même, le laissant sur son lit d'hôpital.

Après une scène d'ouverture renversante (jeu de mot !), puis une visite éprouvante à l'hôpital, on a très vite l'impression qu'on ne va pas beaucoup rigoler. Mais il suffit que nos amis se décident finalement à partir envers et contre tout pour que l'atmosphère se détende. On semble alors se tourner vers la comédie, une comme celles qu'on voit régulièrement au cinéma, sans prétention, légère et sympathique.

Dans ce domaine, Canet s'en sort plutôt bien. Les personnages sont un brin caricaturaux mais les situations sont drôles, les acteurs aussi, surtout François Cluzet, exceptionnel en propriétaire bling-bling et nerveux. Petit défaut toutefois, le film a une fâcheuse tendance à renfermer ce groupe d'amis sur lui-même en les montrant se gausser eux-mêmes de leurs propres pitreries, une façon de doubler le rire du spectateur, qui peut facilement s'en sentir exclu.

Une scène drôle.

Mais si c'était le seul défaut, on pourrait encore dire que Les petits mouchoirs est un bon film, fort de son rythme enlevé, ses répliques cinglantes et ses situations drolatiques. Seulement, il ne l'est pas et pour une raison simple, Guillaume Canet est beaucoup trop audacieux. Comédie pure ? déjà fait, il veut aller plus loin, mettre vraiment de lui dans son film. Et mettre de lui, c'est forcément faire dans le triste, le mélo, le grave. Et quand il cherche à faire du sérieux avec de l'invraisemblable (Magimel subitement amoureux de Cluzet, son ami de 15 ans), le rendu sonne affreusement faux. C'est naïf, c'est sot.

Mais admettons… Passe encore qu'on veuille préserver un certain équilibre en opposant chaque marrade à un moment d'amertume, qu'on cherche à susciter l'émotion avec une musique ad hoc (Nina Simone and co), qu'on fasse durer au maximum les moments mélancoliques pour montrer que la vie n'est pas toujours que drôle, même en vacances (mention spéciale pour la soirée guitare, featuring Maxim Nucci en zicos barbu, et son tour de chant interminable). Passe encore que ces vacances entre potes soient raisonnablement ternies par le spleen ou les petites histoires personnelles de chacun. Bref, passe encore que le réalisateur sorte de dépression et qu'il veuille en faire part à ses spectateurs, par petites touches. Mais quand au bout de deux heures, au moment où depuis longtemps un cinéaste modeste ferait défiler le générique, Guillaume Canet veut enfoncer le clou, et passe définitivement du côté obscur, celui du pathos sans limite, de l'orgie tragique, Les petits mouchoirs devient bouleversant, bouleversant de ridicule, et devient surtout un très ! mauvais !! film !!!


C'est ainsi qu'entre deux rabibochages de membres de ce groupe qui nous indiffère de plus en plus seconde après seconde, on aura finalement passé la plupart du temps à béer devant les incroyables épanchements lacrymaux de Marion Cotillard (qui pleure de PARTOUT), prendre des leçons de vie véhémentes (mais pleines de bon sens forcément) du vieux loup de mer du groupe ou encore le voir déverser son fiel ou des sacs de sable dans des endroits incongrus. Et surtout, regarder sa montre, beaucoup.

Et un moment le film s'arrête. Soulagé mais accablé, on se demande quelle mouche à piqué Guillaume Canet avant qu'il choisisse de dénouer sa petite histoire de vacances dans un sinistre aussi complet. Au final, on choisira de ne retenir que la partie fun du film, celle qui met en scène un François Cluzet luttant contre les marmottes de son grenier, celle qui présente une foule de petites saynètes futiles, mais drôles, un peu dans l'esprit Nos enfants chéris, très loin de la gravité et du pathétisme ultra-démonstratif et totalement improductif dont souffre le reste du film.

Et comme on a affaire à un film choral avec au moins 11 acteurs principaux, j'ai bien envie d'introduire un concept golri dans cette critique négative, pour détendre l'atmosphère. Donc c'est parti pour le...


BONUS SPORT ET VACANCES : LE JEU ET LES JOUEURS
(pas) en partenariat avec 

François Cluzet (8) : sans conteste l'homme du match, le vieux briscard du groupe a été l'auteur de nombreux exploits individuels et a constamment tiré l'équipe vers le haut, avant une baisse de régime en fin de partie.

Valérie Bonneton (6.5) : évoluant dans un rôle un peu ingrat, elle s'est est bien sorti, multipliant les bonnes passes en profondeur, et forme une belle paire d'attaque avec Cluzet.

Benoît Magimel (3.5) : A vouloir trop jouer dans la profondeur, il a lamentablement échoué tout ce qu'il a entrepris, et ce dans tous les compartiments du jeu avant de se trouer définitivement en toute fin de partie.

Gilles Lellouche (6) : dans son rôle habituel, il s'est montré à son aise, bien en jambes, et s'en est tiré avec les honneurs.

Laurent Lafitte (6) : encore un peu juste techniquement, le jeune Lafitte est néanmoins promis à un grand avenir, il hérite là d'un rôle assez inintéressant et s'en acquitte sans trop de dégâts.

Pascal Arbillot (5.5) : a alterné le bon et le moins bon, elle a semblé avoir eu du mal à se situer. Un peu en retrait dans l'ensemble.

Marion Cotillard (6) : la star internationale de l'équipe s'est contentée des fondamentaux mais a par moments offert au public de jolis gestes techniques (notamment une belle dégoulinure du nez (© JB Morain)).

Jean Dujardin (-) : victime dès la 3ème minute d'un tacle très agressif, il est sorti sur civière. On attend les résultats de l'IRM, qui risquent de n'être pas très bons.

Louise Monot (4.5) : fantômatique, elle a été remplacée par Anne Marivin qui sur le flanc droit (de la voiture de Laurent Lafitte) n'a pas particulièrement brillé non plus.

Hocine Mérabet (4.5) : beaucoup de déchet pour le réserviste déniché par Guillaume Canet mais il a beaucoup couru, signe de sa bonne volonté.

Maxim Nucci (4) : rentré vers la 80ème minute (à peu près) pour apporter un peu de fraîcheur, il a plus ralenti le jeu qu'autre chose, et s'est fait sortir bien vite.

samedi 9 octobre 2010

Critique : Kaboom, c'est beau, c'est drôle, c'est fou

Après la trilogie de l'apocalypse adolescente (Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere), le superbe (mais archi-glauque) Mysterious Skin et l'incroyable Smiley Face (jusqu'à maintenant le meilleur rôle d'Anna Faris), Gregg Araki revient cette semaine avec Kaboom, chronique estudiantine sur fond de mystère et de rêves prémonitoires.

La première image du film est typique. Teintes chatoyantes, esthétisme extrême, musique planante. Kaboom est d'abord un très beau film. On voit qu'Araki aime ses personnages, constamment magnifiés par la mise en scène, les couleurs, l'ambiance sonore. Tous ces éléments participent à une ambiance générale du film singulière et fascinante. Les nombreuses scènes de sexe par exemple, tout en étant plutôt crues, ont une sorte de puissance esthétique assez inouïe, qui leur donne un côté beau et sensuel, calme et tendre.

Ensuite Kaboom est un film drôle. Des personnages plaisant et/ou idiots (le coloc surfeur en tête), des répliques cinglantes (surtout chez les filles), des situations typiquement arakiennes ; on n'est parfois pas si loin de l'esprit de son précédent film (Smiley Face), comédie débile à souhait mais fourmillant d'idées de mise en scène la rendant absolument exquise.


Enfin Kaboom est aussi et surtout un film ambitieux. D'un point de départ pas très éloigné des Lois de l'Attraction de Brett Easton Ellis (et de son adaptation cinématographique plutôt réussie), Araki parvient à ajouter à son film une couche de thriller voire de film d'épouvante dans certaines scènes. On ne sait jamais très bien sur quel pied danser jusqu'à la toute fin du film, ferme et définitive. On sort alors du film secoué, perplexe, et pourtant, tout est cohérent, et le plaisir n'en est que meilleur au second visionnage (oui retournez-y).

En ajoutant à toutes ces qualités - 1. une musique omniprésente, éclectique, constituée aussi bien de morceaux de groupes pop obscurs ou reconnus que de compositions originales de Robin Guthrie (des Cocteau Twins) et Videk Maddala, 2. des acteurs parfaits, notamment Juno Temple, pour qui je réclame dès maintenant l'Oscar 2010 de la meilleure actrice, on peut donc clairement considérer que Kaboom fait partie des 10 meilleurs films de l'année.

samedi 2 octobre 2010

Critique : Les amours imaginaires, de Xavier Dolan

Les amours imaginaires, c'est l'histoire de deux amis, garçon et fille, qui tombent amoureux du même garçon (le frisé de l'affiche).

De ce point de départ tout bête, Xavier Dolan se plaît à montrer la concurrence tacite de ces deux amis, leur inconfort face à cet amour insatisfait, l'une multipliant les tentatives infructueuses, l'autre se laissant déprimer tranquillement, préférant éluder ses sentiments. C'est un point de vue intéressant, d'autant que les interprètes sont au niveau. Malheureusement le réalisateur canadien se perd en route.

Tentant de se démarquer par une mise en scène audacieuse, Xavier Dolan se complait dans le ralenti esthétisant sans aucune nécessité, paraît très fier de sa bande son hétéroclite et multiplie les références à ce qui paraissent être ses modèles (Gus Van Sant, Gregg Araki et autres réalisateurs jeunistes). On s'en amuse au début, puis cela devient ennuyeux, puis agaçant. Cependant on ne pourra pas lui reprocher sa photographie et ses couleurs, qui sont superbes.

 
Coupes de cheveux post-modernes + ralenti + Dalida = auto-caricature de Xavier Dolan

Sur le fond, même si Dolan traite son thème sans aucune nouveauté (Barthes avait déjà écrit tout ça dix ans avant sa naissance), il réussit souvent à en faire quelque chose de drôle, notamment grâce à Monia Chokri, son excellente actrice principale, et lors de longues séquences d'interviews parsemées tout au long du film, indépendantes de l'histoire mais liées à son sujet, universel, les amours contrariées.

Dommage que l'on s'ennuie aussi souvent que l'on rit, dans ce film qui souffre d'un certain manque d'humilité de son auteur. L'esthétique est là, il manque le fond.

lundi 27 septembre 2010

Critique graphique de musique : Philippe Katerine, de Philippe Katerine

Il n'y a aucune raison que l'humanité soit privée de mon avis sur les dernières sorties musicales, donc je me lance aujourd'hui dans la critique d'albums. Par contre, comme je n'ai pas tellement envie d'écrire une review exhaustive, j'ai pensé qu'une simple "infographie" (mon savoir-faire en la matière étant ce qu'il est, j'insiste bien sur les guillemets) ferait amplement l'affaire pour commencer.

Philippe Katerine, l'album, est à l'image des précédentes oeuvres de Philippe Katerine : musicalement riche, parfois très inspiré, et drôle aussi, agrémenté de paroles surprenantes ("je me sens comme un sac en plastique"), voire outrageuses ("bonjour je suis la reine d'Angleterre et je vous chie à la raie"), mais souffrant par moments d'un jusqu'au-boutisme qui donne parfois le sentiment d'une sorte de vague arnaque ("Comment tu t'appelles ? Philippe. Comment tu t'appelles ? Philippe. Comment tu t'appelles ? Philippe. Comment tu t'appelles ? Philippe. Comment tu t'appelles ? Philippe"), faisant alors poindre l'ennui de l'auditeur médusé.

Et plutôt que de me lancer dans une longue description de chacun des titres, je préfère les placer sur un jouli graphique :


Bon ça vaut ce que ça vaut hein... Vous remarquerez quand même qu'il y a beaucoup de titres en haut à droite, ce qui signifie que cet album est globalement excellent, notamment Moustache, morceau que j'oserais presque qualifier de bergsonien, La reine d'Angleterre et son accompagnement a cappella, ou encore Musique d'ordinateur, variation étonnamment mélodieuse sur le son de fermeture de session de Windows XP. Au final, sur les vingt-quatre titres, deux bons tiers peuvent être classés comme du très bon Katerine (ça fait seize), le reste ne provoquera au mieux qu'un pouffement niais, au pire un profond agacement. Il n'en reste pas moins mon album de chevet du moment. Merci Philippe.

samedi 25 septembre 2010

Critique 2 en 1 : The Town / Resident Evil Afterlife

Bon ça fait plus d'une semaine que ce blog est inactif, je concède que c'est inadmissible. Le problème c'est que j'ai vu que deux films récemment, pas terribles, et donc j'ai pas spécialement envie d'écrire quelque chose de constructif et détaillé sur l'un d'entre eux. Alors j'ai trouvé une parade vachement astucieuse et pratique, n'est-ce pas, puisqu'il suffit juste de lire soit la partie gauche, soit la partie droite, soit les deux l'une après l'autre. Et pour un minimum d'effort je ponds deux critiques en une.

THE TOWN
(Ben Affleck)

RESIDENT EVIL : AFTERLIFE
(Paul W.S. Anderson)

Pour pitcher brièvement ce film je dirais juste que...
la jolie directrice d'une banque se fait enlever par des individus masqués lors d'un braquage avant d'être libérée, les yeux bandés. L'un d'entre eux, tombé amoureux d'elle, s'arrange pour la rencontrer et se la taper calmement alors que l'enquête suit son cours. j'ai rien compris à l'histoire donc je meuble avec cette toute petite photo de tournage :
J'ai aimé
très modérément dans l'ensemble. Je trouve que ce film est le côté décomplexé des effets spéciaux, en roue libre totale, quoiqu'
un peu trop
cucul la praline, assez banal, très américain et globalement un peu clicheteux, lâchés par moment, notamment lors de passages au ralenti, au caractère absolument inutile,
voire risible. Cela dit,
je retiens quand même quelques scènes de suspense réussies et de belles courses poursuites très maîtrisées, ce qui donne un thriller assez honnête. tout cela donne un ensemble bien rigolo et la plupart de ces effets bullet-time hors de propos sortis tout droit de Matrix Reloaded sont finalement très réjouissants
Pour ce qui est des personnages,
certains sont plutôt bien trouvés, notamment celui que l'on voit le moins, joué par Pete "Kobayashi" Postlethwaite, presque scorsésien (hum, m'enflammé-je ?). on ne sait pas très bien qui est qui, mais on s'en fout complètement, de toute façon ils meurent tous. Ben oui l'intérêt, c'est quand même la baston et les SFX.
Par contre, on ne retiendra pas forcément la prestation de
Ben Affleck Milla Jovovich
à qui il faudra expliquer qu'il ne suffit pas de prendre
une grosse voix de mec qui a tellement bourlingué dans la vie que maintenant il a une incisive cassée et une ride entre les sourcils, comme ça
des poses ridicules de nana qu'il faut pas faire chier, mais que de toute façon c'est trop tard parce qu'elle s'apprête à tuer tout le monde, comme ça
pour faire croire qu'on joue bien. A part ça, les dialogues sont
parfois un peu concons, ce n'est en tout cas pas la force du film. nuls mais on s'en fout aussi. Parce qu'on préfère la baston et les SFX.
Dans l'ensemble, je te conseille ce film si tu aimes
les thrillers efficaces mais un peu nullos voire un brin grotesques. les bastons et les SFX, notamment les 360° au ralenti.
Sache en tout cas que j'ai regardé ma montre
trois fois. une fois.
Avant d'écrire cette critique, j'aurais bien attribué à ce film une note de
4/10 6/10
mais en l'écrivant je me rends compte que c'est
pas si mal de la merde
donc finalement je lui donne
6/10 4/10

mercredi 15 septembre 2010

Critique : Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures

"Splendide", "envoûtant", "une merveille", pouvait-on lire récemment dans la presse à propos d'Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures. Face au consensus, quelques résistants se firent traiter de sombres brutes poujadistes pour avoir donné un avis moins favorable. Me trouvant dans une position absolument neutre face à cette géguerre socio-culturelle, je me suis donc rendu sans préjugé aucun pour voir de mes yeux cette fameuse Palme d'Or, remise en mai dernier par mon idole, Tim Burton (bon d'accord l'a-priori était peut-être légèrement favorable).

Début du film. Pas de musique, juste des sons. Ceux de la nature thaïlandaise, de la nuit, des bestioles qui grésillent, bourdonnent, pépient, cacardent, croucroutent, un plan sur un buffle, qui dure, qui dure, mais ce n'est pas désagréable. C'est même apaisant. Tout le reste du film sera caractérisé par ce calme, cette tranquillité, ce naturel.

Quand Oncle Boonmee reçoit la visite du fantôme de sa femme ou d'un singe aux yeux rouges (qui s'avère être son fils disparu), il n'a pas peur, les reçoit avec simplicité, leur offre un verre d'eau, leur fait part de ses inquiétudes à leur sujet ("manges-tu à ta faim ? as-tu de quoi te vêtir ?"), leur montre les albums de photos prises depuis leur départ. On tient là les meilleures scènes du films, chimériques mais paradoxalement ancrées dans le réel (ici les fantômes savent manipuler un dialyseur). Malheureusement, ces moments-là sont peu nombreux.


Car Oncle Boonmee, c'est surtout un délire mystique d'Apichatpong Weerasethakul (que j'appelerai Joe dans la suite de l'article pour des raisons évidentes), et quand dans le film, le réel disparaît au profit de représentations de rêves, de vies antérieures ou quoi que ce soit, il devient très difficile de le suivre dans son inspiration. Malgré sa maîtrise parfaite de la lumière et des décors qui font de ses images de splendides tableaux, Joe ne parvient pas à éviter l'ennui (le mien en tout cas). Chaque action, chaque mouvement est décomposé avec une lenteur infinie, et même les personnages semblent prendre plaisir à s'attarder sur chaque mot, d'un ton monocorde et soporeux.

Quelques belles scènes parviennent parfois à provoquer un réveil momentané (par exemple, celle qui précède le fameux épisode du poisson-chat) mais elles sont beaucoup trop rares pour ne pas laisser un profond sentiment d'ennui et d'incompréhension à des gros ploucs comme moi qui ne comprennent rien au cinéma (ceci est un sarcasme).

Le fils d'Oncle Boonmee avant le drame (transormation en wookie)

Mais comme tout est affaire de goût et de perception personnelle, allez donc voir ce film, c'est une Palme d'Or donc un futur classique, sachez juste que vous pouvez partir si vous avez envie de mourir au bout de la première heure, car la suivante sera du même calibre. Dans le cas contraire, restez-y, puis venez m'expliquer.

dimanche 12 septembre 2010

Top 10 des films de l'Etrange Festival 2010

L'Etrange Festival se déroulait la semaine dernière au Forum des Images de Paris. Cette sélection de films remarquables par leur originalité et/ou leur extrémisme permet d'ouvrir un maximum le spectre des possibles qu'offre le cinéma et on ressort forcément grandi d'une semaine comme celle que je viens de vivre. Pour ceux qui auraient manqué cet événement délicieux, voici mon palmarès personnel de la sélection 2010, tout du moins des films que j'ai eu l'occasion de voir (ce qui explique l'absence de Monsters ou A Serbian Film notamment). J'encourage chaudement quiconque lit ces lignes à aller voir (ou se procurer, pour ceux qui ne sortiront pas en France) un maximum de ces films, en commençant par le haut (et en s'arrêtant au cinquième, idéalement).


1. Rubber de Quentin Dupieux
Avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida, Jack Plotnick
Il arrive souvent que l'on attende un film depuis si longtemps qu'on ne peut s'empêcher d'en avoir des espérances inatteignables. On ressort alors de la salle déçu, presque triste, voire en colère. Pour Rubber ce ne fut pas du tout le cas, bien au contraire. Je m'attendais à ce qui était annoncé, une histoire de pneu télékinésiste et légèrement psychopathe, un film de genre complètement barge, à l'image des précédents de Quentin Dupieux. Oui Rubber c'est d'abord ça, une mise en scène qui parvient à rendre un pneu vivant, émotif, inquiétant, une photo parfaite, des acteurs immenses. Mais ce qu'on ne m'avait pas annoncé c'est toute la partie immergée de l'iceberg, qui est colossale. Au delà de l'histoire du pneu vient se greffer toute une structure intermédiaire. On suit les aventures du public venu voir un film au milieu du désert (celui du pneu), et qui le suit au moyen de jumelles optiques. Les deux histoires s'entrecroisent et nous offrent un délice de comédie absurde, rappelant les meilleures heures du cinéma de Buñuel période "charme discret". Mais j'y consacrerai probablement un article entier lors de la sortie en salles du film (10 novembre) tant il y a de choses à en dire.



2. The immaculate conception of Little Dizzle de David Russo
Avec Marshall Allman, Natasha Lyonne, Sean Nelson
L'un des films qui rend le plus grâce au nom du festival qui l'accueille. Etrange effectivement, cette histoire de techniciens de surface se gavant de gâteaux hallucinogènes trouvés dans les poubelles de leurs employeurs. Difficile de résumer plus en détail ce film, on pourrait le synthétiser en disant qu'il est une sorte de mixture regroupant le charme indie des frères Safdie, les dialogues ciselés du meilleur Kevin Smith, les délires hallucinés de Gregg Araki et la folie scénaristique de Charlie Kaufman. Original, forcément, mais surtout drôle de bout en bout. Un film tellement étrange que j'ai bien peur de ne pas pouvoir le revoir en salle de sitôt (pas de date de sortie française prévue).



3. Buried de Rodrigo Cortés
Avec Ryan Reynolds
"Tu crois vraiment que tout le film va se passer dans le cercueil ? Ha ha". On me riait au nez quand j'essayais d'imaginer Buried avant d'aller le voir en salle. Cette histoire d'un camionneur en mission en Irak qui se réveille six pieds sous terre avec pour seule compagnie un briquet et un téléphone portable. Eh bien oui monsieur, pas un seul plan du film ne se déroule hors du cercueil, et c'est là que Buried est exceptionnel. Le dernier cinéaste à avoir tenté une telle prouesse est Joel Schumacher, avec son excellent Phone Game, qui parvenait à nous tenir en haleine pendant 80 minutes. Dans Buried, en l'espace d'1h35, l'espagnol Rodrigo Cortés ne nous laisse pas une seconde pour respirer. Le moindre coup de fil passé prend aussitôt une charge dramatique immense, grâce à une mise en scène inventive et efficace. Un coup de maître. Sortie en salles le 3 novembre.



4. Pontypool de Bruce McDonald
Avec Stephen McHattie, Lisa Houle, Georgina Reilly
Autre film à concept, à l'image de Buried. Grant Mazzy, animateur de radio libre, reçoit des appels de gens paniqués, racontant des émeutes assorties de faits divers étranges. Grant, sa standardiste et sa productrice commencent à flipper eux aussi. Canular ou réalité ? La question se pose aussi pour le spectateur. Bruce McDonald parvient à nous emmener où il veut grâce à son excellent travail sur l'image et le son, et arrive à faire de nous des victimes au même titre que ses protagonistes principaux face à une énigme dont seul le générique final nous donnera des éléments de réponse. Un objet cinématographique déroutant, à voir par curiosité, en DVD (pas de sortie ciné prévue).



5. Bedevilled de Cheol So Jang
Avec Young-hee Seo, Sung-won Ji Seo, Min-ho Hwang
Victime de surmenage, Hae-won prend des vacances dans l'île où elle a grandi, au fin-fond de la Corée. Elle y retrouve une amie d'enfance, Bok-nam, qui n'a jamais quitté l'île et est visiblement malmenée par les habitants. Hae-won, troublée, ne sait pas comment réagir. Cheol So Jang parvient à installer une tension croissante pendant une bonne moitié de film avant de balancer la purée dans un final sordide et ultra-gore. En passant, il amorce une réflexion sur la culpabilité et la question de comment réagir face à l'humiliation d'autrui, dans un film plutôt réussi mais assez incommodant.



6. The Housemaid de Im Sang-Soo
Avec Jeon Do-Yeon, Lee Jung-jae, Youn Yuh-jung
Note : On entre dans la deuxième partie du top, à partir de maintenant ce sont des films que je ne conseille pas. Euny est embauchée comme gouvernante dans une famille bourgeoise. Elle entretient une relation avec le père de famille et tombe enceinte. Bad trip. Très beau pendant une heure, The Housemaid ne parvient pas à tenir la distance et se perd dans un gouffre mélodramatique menant tout droit à une fin d'un grotesque achevé. Sortie le 15 septembre.



7. Le dernier exorcisme de Daniel Stamm
Avec Patrick Fabian, Ashley Bell, Iris Bahr
Cotton Marcus est suivi par une chaîne de télévision pour révéler à l'Amérique que tout son passé d'exorciste n'était qu'une vaste supercherie, mais voilà qu'il se retrouve en présence d'un vrai cas de possession démoniaque. L'idée de départ est bonne, et d'ailleurs le film est drôle pendant une bonne demi-heure quand on voit Cotton raconter sa vie, se déplacer avec l'équipe du documentaire, puis pratiquer un exorcisme pipoté en dévoilant ses trucs en montage alterné. L'idée du faux documentaire est là parfaitement justifiée. Mais quand on bascule dans le film d'horreur, le procédé, déjà usé par Blair Witch, Cloverfield ou Rec devient inutile, voire pesant, d'autant que Daniel Stamm ne lui apporte aucun renouveau. On n'a jamais peur et cette histoire vraiment trop bateau ne suscite pas le moindre intérêt. Au final, les seuls sursauts provoqués le seront grâce à une musique criarde, qui n'a dans le cadre du faux documentaire aucune légitimité. Sortie le 15 septembre.



8. Four Lions de Chris Morris
Avec Riz Ahmed, Arsher Ali, Nigel Lindsay
Four Lions raconte l'histoire de quatre djihadistes anglais complètement idiots, obsédés par l'idée de se faire exploser. Evidemment, c'est original, diablement osé même, de tourner en dérision un tel sujet. Le seul problème (et il est énorme) c'est que la stupidité des protagonistes est telle qu'elle en devient inconcevable et ne parvient à provoquer que les sourires polis. On se remet alors à quelques situations cocasses pour trouver de quoi rire mais elles ne sont pas si fréquentes et on regrette à la fin que tous ces gags rocambolesques semblent avoir été écrits sans le moindre souci de vraisemblance. Sortie le 8 décembre.



9. Proie de Antoine Blossier
Avec Grégoire Colin, Bérénice Béjo, François Levantal
Une vague histoire de sangliers mutants dans la cambrousse, un film d'horreur français, pas terrible. Ce n'est pas très bien filmé, pas très subtil, et on ne voit pas grand chose (pratiquement tout le film se passe de nuit) et c'est peut-être heureux car les effets spéciaux sont gravement cheapos. Pas de date de sortie prévue mais je ne pense pas qu'il soit indispensable d'aller le voir.

Pas de vidéo mais une belle image.


10. Nous sommes ce que nous sommes de Jorge Grau
Avec Francisco Barreiro, Alan Chavez, Juan Carlos Colombo
On nous promettait un Morse version antropophage transposé au Mexique, mais ce film (présenté à Cannes en mai dernier) ne tient pas une seconde la comparaison. Cette histoire d'une famille de cannibales livrée à elle-même après la mort du père ne se situe ni dans le registre de la métaphore sociétale, ni dans celui du film de genre rigolard. C'est sinistre, pesant, pas drôle (cela dit, ça ne cherche pas à l'être), on ne comprend rien et on se fait chier.

jeudi 2 septembre 2010

Critique : Piranha 3D, de Alexandre Aja

Jake (Steven R. McQueen) habite dans une région de rêve, au bord d'un lac paradisiaque. Quand un réalisateur de porno (Jerry O'Connell) l'invite à le rejoindre sur son yacht rempli de jeunes femmes à la plastique parfaite pour les guider sur le lac, il profite de l'occasion pour sortir de son quotidien morose de post-ado timide et emprunté. Manque de pot, des piranhas sortis de nulle part bouffent tout sur leur passage.

Tel est le pitch plutôt banal de Piranha. La façon dont il a été traité par Alexandre Aja l'est moins. Car comme une sorte de Pasolini des temps modernes, le frenchy a visiblement choisi de scinder son film en deux parties distinctes, le cycle du nichon et le cycle de la viande rouge. Le prétexte du tournage de film porno est l'occasion de montrer à chaque plan une paire de gros seins comprimés dans un soutif rouge pétant ou ballottant au ralenti dans l'eau bleue du lagon, et cela pendant une bonne demi-heure. Toujours avec une certaine distanciation humoristique plutôt appréciable.

Dans la seconde partie du film en revanche, ce côté charnel est totalement délaissé pour laisser place à des scènes bien plus trash. Et là tout est prétexte à du gore bien craspouille, non seulement les piranhas (particulièrement voraces) s'en donnent à coeur joie, mais de tristes individus ne ménageant pas leurs congénères pour sauver leur peau, sans oublier les éléments du décors invraisemblablement dangereux sont autant de dommages collatéraux bien ballots et bien rigolos que l'on nous donne à voir avec une certaine jouissance (mourir coupé en deux par un câble électrique c'est quand même pas de chance). Zéro suspense, zéro angoisse, que du gore, rien n'est suggéré, tout est montré, et au bout d'un certain moment on ne compte plus les corps moitié-chair moitié-squelette ressortis de l'eau par des sauveteurs effarés.

Un piranha dont l'espèce est censée avoir disparu il y a 2 millions d'années !! 
(à lire avec la voix d'Emmett Brown)

Ces deux parties distinctes s'emboîtent finalement plutôt bien mais le ton du film a tendance à virer premier degré au fil des minutes. La construction très classique de l'intrigue n'est pas là pour apporter un peu de fantaisie et sans le personnage du réalisateur porno ou celui du scientifique échevelé joué admirablement par Christopher Lloyd on pourrait très bien considérer le scénario de Piranha comme celui du pire film de l'année. Ce qui sauve le film, c'est cette outrance, ce culot qui fait que l'on ne craint pas de montrer en gros plan un poisson très méchant ne faire qu'une bouchée d'un gros kiki esseulé, ou de citer directement Braindead en déchiquetant du piranha avec une hélice de hors-bord.


Du point de vue visuel, c'est plutôt laid, disons-le. Les piranhas sont assez mal synthétisés et les scènes de festin sont assez troubles pour qu'on ne puisse pas voir la faiblesse technique des images. Pour ce qui est de la 3D, elle est absolument inutile. On remarque bien les tentatives du réalisateur d'incorporer des éléments troidéisables dans ses séquences, mais ce n'est guère convaincant et les gouttes d'un vomi craché en contre plongée, a priori le clou du spectacle, n'arrivent même pas à atteindre le dixième du chemin parcouru par la célèbre fraise Tagada d'avant-film.

Au delà de ses quelques guests sympas (Richard Dreyfuss, Elisabeth Shue, Christopher Lloyd, Ving Rhames, Eli Roth), Piranha brille donc par son sens de l'humour et du gore sans concession. Beaucoup moins par son scénario et sa réalisation technique. Avis aux amateurs.

samedi 28 août 2010

Critique : Poetry, de Lee Chang-Dong

Poetry, c'est la caution cannoise de la semaine, forte de son prix du scénario remis par Monsieur Tim Burton au dernier festival. Alors malgré une belle fournée de nouveaux films cette semaine (Le bruit des glaçons, Salt, Ondine, 600 kilos d'or pur, Gentlemen Broncos), se réserver 2h20 pour aller voir le film de Lee Chang-Dong ne peut pas être une mauvaise idée.

Pitch : A 65 ans, tout va mal pour Mija (Yun Junghee). Elle perd la mémoire, son petit-fils dont elle a la charge est accusé de viol, et même si un arrangement peut être trouvé avec la famille de la victime, elle doit trouver une grosse somme d'argent en peu de temps pour la dédommager. Parallèlement elle prend des cours de poésie, assiste à des lectures du soir, et tente d'écrire, en vain.

En voilà un pitch bien garni (et encore j'ai pas tout dit). Et justement, Poetry aurait pu être admirable si son scénario n'était pas aussi trapu. De péripétie en péripétie, autour de la protagoniste principale, les couches scénaristiques s'amoncellent, épaississent le récit et finissent par le rendre indigent.

Des événements, des rebondissements, il y en a, mais ils se diluent dans chaque élément ajouté à la trame principale. Les différents segments du film ne cessent de s'entrecouper, installant un rythme soutenu qui finit paradoxalement par ennuyer. On n'a jamais l'occasion d'entrer vraiment dans une scène, de la ressentir, malgré les 140 minutes d'images. 
 

On pourrait comparer ce film à l'excellent Mother, de Bong Joon-Ho. Mother dressait aussi le portrait d'une femme au bord du gouffre, une maman tentant d'innocenter son fils, accusé de meurtre. Cette idée fixe était un fil rouge tout trouvé au film et le rendait haletant. Dans Poetry, c'est très différent, Mija doit trouver beaucoup d'argent mais cela ne semble pas lui importer, elle virevolte, gamberge, mange des pommes, écrit des mots dans un carnet, va voir le docteur, travaille un peu, discute avec des passants, va à des cours de poésie. Finalement le film est comme son héroïne, une allégorie de la frivolité, du dilettantisme, qui vit moyennement la transposition à l'écran. Un tel parti pris aurait pu être intéressant si le vrai sujet était la maladie d'Alzheimer, mais il n'est pas que cela (d'ailleurs il est traité très sommairement), et c'est un problème.

Le sujet, c'est la poésie, et il est vrai qu'elle est évoquée de bout en bout mais Lee Chang-Dong n'arrive jamais à le traiter qu'en surface. Par exemple, les longues scènes de déclamations de poésie auxquelles assiste Mija, au lieu d'intensifier la narration, restent au stade de l'anecdote et finissent par ennuyer, faute de lien avec le reste de l'histoire.


Malgré ses défauts, Poetry trouve à offrir quelques moments de grâce, notamment par les rencontres que fait Mija, qui donnent lieu à de belles séquences dialoguées, on l'on commence à sentir de la vie dans le cinéma de Lee Chang-Dong, celle qui manque à toutes ces saynètes trop dispersées pour toucher. Poetry reste un film infiniment délicat et humain, parfois touchant, et il lui manquerait peu de choses pour être un grand film.

mercredi 25 août 2010

Critique : Le bruit des glaçons, un Blier honnête

Bertrand Blier est mon idole. Bertrand Blier est une légende. En tout cas il est l'un des rares auteurs à avoir écrit et réalisé quatre chefs d'oeuvre d'affilée (Les Valseuses, Calmos, Préparez vos mouchoirs et Buffet froid de 1974 à 1979). Depuis lors, sa filmographie est apparue plus hétérogène, montrant ses capacités égales à endormir toute une salle avec des films-assommoirs (Trop Belle pour Toi, Beau-Père) et à revenir aux sources en un come-back retentissant (Tenue de Soirée). Mais depuis une vingtaine d'années, si l'on excepte le génial Les Acteurs (qui n'est pas exempt de toute critique néanmoins), le cinéma et la verve de Blier tendent à s'essouffler (Combien tu m'aimes), voire à s'auto-caricaturer (Les Côtelettes), malgré un retour à l'esprit caustique et absurde des premiers films.

Le bruit des glaçons est incontestablement un film bliéen (c'est comme ça qu'on dit ?). Dans les mots, on retrouve cet éternel esprit franchouillard, cette faconde commune à tous les personnages, ces dialogues à la fois vulgaires et raffinés. Dans les images, on retrouve cette mise en scène précise, ce sens du timing, de l'ellipse qui claque. Mais c'est à double-tranchant et s'il faut trouver un reproche, c'est là qu'il se trouve. Alors que dans les années 70, ses films était une véritable bouffée d'oxygène, désormais tout ce qu'on y voit apparaît comme une référence. Blier maîtrise ses fondamentaux mais en abuse parfois, qu'ils soient puisés de son propre cinéma ou de celui des autres (Kubrick ?). Son usage d'une foule de procédés un peu vieillots alourdissent son récit et nuisent à la fluidité de l'ensemble (Jean Dujardin s'adressant au spectateur, flash-backs inutiles, mises en abyme un peu foireuses).


Cependant, l'essentiel de Blier est là : les dialogues. Comme d'habitude, on a droit à un festival de répliques brutales et cinglantes, et elles sont dites avec talent, notamment par Albert Dupontel, dont on ne pouvait rêver meilleur prestation dans le rôle du cancer. Jean Dujardin, quand à lui, s'en tire plutôt honnêtement mais son élocution a quelque chose d'ordinaire qui ne peut soutenir la comparaison avec ses illustres prédécesseurs (Depardieu, Dewaere, Marielle, Serrault). Par ailleurs, ce film n'est pas qu'un film d'hommes. La vraie histoire du film est celle de le relation entre Dujardin et sa domestique jouée par Anne Alvaro. C'est elle qui sert de fil rouge au film et qui lui donne une couleur presque romantique au final, ce que ne laissait pas du tout entendre la bande-annonce. A noter aussi l'excellent second rôle de Myriam Boyer (maman de Clovis Cornillac), dans une partition que l'on a pas l'habitude de voir chez Blier, en tout cas pas au féminin.

Pour résumer Le Bruit des Glaçons, on pourrait dire qu'il est représentatif de la filmographie de son réalisateur. Drôle souvent notamment lors de séquences de dialogues sans artifice entre ses protagonistes principaux, poussif parfois lorsqu'il se prend à vouloir expliciter l'absurde en se perdant en flashbacks, mais finalement jamais à court d'idées. Voilà pourquoi j'attends avec impatience le prochain.

dimanche 22 août 2010

Critique : The Expendables, ça tient la route

Depuis le temps qu'on les attend, les voici enfin ces fameux "expendables", littéralement, ceux dont on peut se passer. Malheureusement, on en a perdu quelques-uns en route, comme Wesley Snipes (en prison), Steven Seagal (bisbille avec le producteur), et surtout Jean-Claude Van Damme (pas assez de présence à l'écran pour son rôle comparé à son standing, selon lui). D'autres exemples ici.

Malgré cette petite déception, The Expendables reste le must-see de la semaine, ne serait-ce que pour la présence de Sylvester Stallone, des deux côtés de la caméra. N'ayant vu qu'un seul de ses films comme acteur (Demolition Man, dont je garde un bon souvenir), je n'ai pas hésité une seconde et me suis rendu avec enthousiasme dans le cinéma le plus proche pour enfin, savoir.

Et dès le générique, j'ai compris de quoi il retournait : typo grasse et carrée en texture "acier inoxydable", musique badaboumesque, puis arrivée de grosses motos pétaradantes, tout sela sent la couille à plein nez, et assez fort. Car oui The Expendables est un film de mecs, de vrais.

Chez Stallone les femmes n'ont leur place que comme prétexte à l'action. A ma gauche nous avons la fille du dictateur mexicain (ou apparenté) de service (joué par le Angel Batista de Dexter), qui est gentille, elle, pas comme son affreux papa, et qui veut juste le bien de son peuple, ce qui émeut assez le personnage de Stallone. A ma droite, la girlfriend de Christmas (Jason Statham), battue par son nouveau keum, nous vaudra une bagarre vengeresse, seul contre toute une équipe comme au temps du Transporteur, désignant tout net Statham comme une sorte de Clint Eastwood des temps modernes, et conclue par un superbe "La prochaine fois ce sera tes couilles" - je ne dévoile pas l'objet que Jason vient de poignarder rageusement à ce moment précis (indice : l'action se déroule sur un terrain de basket).

Voilà pour ce qui est des gonzesses. Du côté des gars, tout est bien cadenassé également, chacun a sa propre fonction dans le film et s'en acquitte à merveille. Stallone en chef de bande est crédible, sa rivalité connivente avec Statham est plutôt savoureuse, et leurs registres différents les rend complémentaires. Jet Li et sa petite taille apportent la touche running-gag adéquate, Dolph Lundgren hérite du rôle de traître, tandis que Mickey Rourke s'adonne à la philosophie, passant tout le film à donner des leçons de vieux sage, faire des tatouages à ses potes et peindre des fleurs sur une guitare en pleurnichant. Pour ce qui est de Bruce Willis, on le voit à peine cinq minutes, partagées avec un autre guest de choc pour une scène plutôt rigolote (mais pas plus). Les autres on s'en fout, on sait pas qui c'est.

Statham - Stallone : un duo qui tue (rires)

A part ça, disons-le, l'intrigue de The Expendables est assez nulle, une vague histoire d'ex-agent de la CIA cupide et impitoyable qu'il faut éliminer. Mais peu importe car le vrai film réside dans ses scènes d'action, évidemment. Et à ce petit jeu, Stallone est assez bon. Sa mise en scène est impeccable, parfois audacieuse, se laissant aller par moments à de chaleureux élans gores, du plus bel effet. Dans son domaine, Stallone maîtrise finalement aussi bien son sujet que des spécialistes comme John Woo ou Paul Greengrass.

Jet Li est petit, et il en souffre

Pour ce qui est des dialogues par contre, c'est la grosse faiblesse du film, et il faut tout le talent de Mickey Rourke pour empêcher une scène de conversation mélodramatique de friser le grotesque. Heureusement, ce genre d'effusions se font rares et sont oubliées dix minutes plus tard après une bonne grosse tuerie. Cependant, un deuxième reproche que l'on pourrait faire à Stallone est l'invincibilité totale de ses protagonistes. Là où il aurait eu l'occasion de suggérer une certaine fragilité de ses héros laissés pour compte, il préfère en faire des machines à tuer invulnérables. Jamais touchés, jamais en danger, jamais morts.

En tout cas, on ressort plutôt réjoui de ce film de pur divertissement, pas déplaisant pour qui n'en attend que de belles fusillades et des dialogues bien connauds mais parfois rigolos.

vendredi 30 juillet 2010

Critique : Night and Day, une comédie sympa mais flemmarde

Des Night and Day, il en sort régulièrement. Un Night and Day, c'est une comédie sur fond d'espionnage ou de milieux mafieux où un ou deux protagonistes n'ayant rien demandé à personne se retrouvent embringués dans d'incroyables pérégrinations, fusillades ou autres courses poursuites. La dernière production notable du genre était Crazy Night dont j'avais émis une opinon plutôt favorable ici-même.

Mais ce Night and Day-là est un peu différent des autres. D'abord il y a Tom Cruise. Ensuite il y a Cameron Diaz. Et enfin il y a James Mangold (Identity, 3h10 pour Yuma, Walk the line). De quoi pouvoir espérer qu'on sorte un peu des sentiers battus... Ben non.

June (Cameron Diaz) voyage dans le même avion que Roy (Tom Cruise), mais après un bref passage aux toilettes elle apprend horrifiée que Roy vient de tuer tout le monde, pilotes inclus. Débute alors une incroyable cavale des deux néo-acolytes, poursuivis de toutes parts avant même que June ne comprenne quoi que ce soit de la situation.

Au début, c'est drôle, notamment grâce au personnage de Tom Cruise, tueur impitoyable et décontracté. Sa façon de dézinguer un à un tous les méchants, d'atterrir toujours au bon endroit et de maîtriser toutes les situations avec une sérénité à toute épreuve est assez jouissive et apporte un côté burlesque et second degré plutôt sympathique. Son opposition avec le personnage de Cameron Diaz, en crise de nerfs continue pendant une bonne demi-heure de film, parvient à nous tenir en haleine un bon moment. On retrouve à certains moments du film l'esprit de True Lies, modèle du genre.


Mais le scénario ne suit pas. L'intrigue, cousue de fil blanc et sans aucune surprise, ne peut pas compter sur les scènes d'actions pour relever le niveau général, dynamiques mais trop invraisemblables pour produire la moindre excitation. Quand à l'humour, il est rarement au rendez-vous quand il ne s'appuie pas sur la performance des deux acteurs principaux, et ne va jamais assez loin dans le burlesque pour contrebalancer l'abracadabrantesquerie de l'ensemble. On sait bien vite comment tout cela va finir : personne ne va mourir sauf éventuellement quelques vilains. A noter les seconds rôles tout à fait improductifs de Peter Sarsgaard et Paul Dano.

Ajoutons à cela quelques failles scénaristiques et on obtient un Night and Day tout ce qu'il y a de plus anecdotique, rigolo mais un peu faible, agréable mais un peu trop fainéant. On attendra encore un peu pour le retour en force de Tom Cruise (et peut-être encore plus pour Cameron).

dimanche 25 juillet 2010

Inception, critique sans spoiler

Comme tout le monde, j'attendais depuis longtemps Inception, dont la bande-annonce et les affiches m'avaient tout tourneboulé. Mais, Christopher Nolan oblige, je ne m'attendais pas à un chef d'oeuvre, cependant j'avais au moins le puissant espoir que le réalisateur londonien fût capable d'endiguer sa régression entamée depuis Memento, aidé par une idée de départ prometteuse.

Cette idée, c'est l'histoire d'un expert du sommeil, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), capable d'infiltrer les rêves d'un sujet voire d'y inséminer une idée assez forte pour qu'elle survive après le réveil du sujet susnommé. Cette technique, c'est l'inception (barbarisme ratifié par la VF que je me permets donc de reprendre).

Quand Mr Saito (Ken Watanabe) demande à Cobb de procéder à une inception sur un businessman rival (Cillian Murphy), Cobb accepte mais ne manque pas d'avertir son client des risques encourus. Une inception soignée demande l'élaboration de toute une série d'imbrication de rêves (a dream within a dream within a dream within a dr...) qui peuvent très bien mener en cas d'imprévu à un rêve infini, dans un état onirique appelé "les limbes". Je m'arrête là pour le pitch, que je pourrais facilement décliner sur huit paragraphes...

Point fort du film, on comprend assez vite de quoi il est question, et toutes les petites complexités de l'histoire sont assez bien expliquées pour qu'on passe plus de temps à admirer les images qu'à essayer de comprendre le film. Les images justement, c'est le deuxième point fort du film. Ainsi, chaque fois qu'on nous montre un rêve, on peut s'attendre à une belle débauche d'effets spéciaux, assez saisissants pour la plupart (changement de sens de gravité, explosions insolites, déformation de l'espace, scènes d'apesanteur). Une bonne partie du film fait la part belle à ces effets souvent surprenants, parfois jouissifs (cf. la scène du café parisien). Malheureusement, tout le film n'est pas de cette qualité et on déplorera une grosse demi-heure enneigée digne d'un James Bond de Lee Tamahori, bien branlée mais pas très intéressante tant d'un point de vue tequeunique que de tous les autres (points de vue).

Un rêve.

Je parle notamment de la dimension psychologique du film. Comme d'habitude, Nolan semble avoir oublié qu'en plus de raconter une histoire, faire un film l'oblige à raconter aussi des personnages. Et dans Inception, à part celui de DiCaprio, aucun des personnages du film n'est vraiment fouillé. On ne sait rien de la personnalité de la petite étudiante campée par Ellen Page, malgré un potentiel évident, pas plus que celle de la victime de l'inception (Cillian Murphy), en délicatesse avec son père (relation très vaguement expliquée), pas plus que tous les autres. Chacun des personnages peut mourir à tout moment sans que l'on s'en inquiète puisque de toute façon, aucun d'eux n'est vraiment attachant. Et pour cause, comme c'était le cas de la copine à Batman (comment elle s'appelle déjà) ou de Harvey Dent, ou même de Batman lui-même dans The Dark Knight, aucun profil psychologique n'est ne serait-ce qu'esquissé, trop occupé que l'on est à ratiboiser des ennemis dans la neige.

Un rêve.

Quant à l'histoire d'amour censée être le moteur du film, elle n'est qu'un passage obligé pour se conformer aux règles de tout film hollywoodien qui se respecte. Marion Cotillard n'est pas là pour tirer le film vers le haut. Le jeu aérien et effacé qu'elle produit invariablement dans chacun de ses films outre-atlantiques commence sérieusement à manquer de fraîcheur et ne parvient jamais à rendre son personnage touchant, pas même crédible.

Pour revenir aux autres personnages, tant qu'à s'atteler à l'univers du rêve, une chose intéressante aurait été de voir une différence notable entre les mondes imaginés selon l'identité du rêveur, ce qui n'est absolument pas le cas, chacun de ceux-ci étant un prétexte à une poursuite, une fusillade ou tout autre activité ordinaire de film d'action concon.

Un rêve.

Au delà des personnages, on est resté très sage dans la représentation du rêve. Malgré quelques idées intéressantes comme la propagation de l'environnement du rêveur dans sa perception de l'espace-temps (exemple : un mec en train de dormir dans un van qui fait des tonneaux voit la gravité changer de sens dans son rêve) ou la dilatation du temps (une minute endormi vaut x minutes rêvées), jamais Nolan ne montrera un rêve dans toute sa dimension sensorielle, bizarre, inquiétante. Contrairement à un Buñuel, un Lynch ou même un Scorsese dernièrement qui sav(ai)ent montrer toute l'étrangeté de cet état, le monde du rêve selon l'ami Nolan ressemble beaucoup (trop) au monde réel (ou du moins à celui de Jerry Bruckheimer). Tout cela est peut-être parfaitement volontaire mais dénote d'un manque d'imagination criant qui permet d'exclure définitivement Nolan de la case des réalisateurs de génie.

On lui en tiendra finalement assez peu rigueur. J'avoue que je cherche un peu la petite bête, n'ayant toujours pas digéré le massacre de Batman. Voir tous les éléments d'un décor de rue parisienne exploser un à un dans une orgie d'éclatements sonores ou assister à une scène de bagarre de gentlemen en costard sautant allègrement du sol au plafond avec passage (ou pas) par la case "mur" sont des raisons largement suffisantes pour aller voir ce film somme toute assez agréable, mais qui ne restera pas dans les annales.

mardi 6 juillet 2010

Qu'aller voir au cinéma en ce moment ?

Ce à quoi je répondrai : "c'est une vaste question". C'est vrai que depuis Cannes, on n'est pas spécialement gâté. Je ne serai donc pas porteur de bonnes nouvelles. La plupart des films sortis récemment sont d'infectes bouses, mais tout ça finalement, n'est-ce pas une notion toute relative ? Au moins on pourra dire qu'il y en a pour tous les goûts. Et je le prouve maintenant !
(je précise, cher lecteur, que je suis parfaitement conscient que cette petite introduction est la plus laborieuse que j'aie écrite depuis le lancement de ce blog, et je m'en excuse platement)

Si tu aimes… le cinéma fantastique japonais gonflant (jeu de mot)
Tu apprécieras… AIR DOLL (Hirokazu Kore-Eda)
C'est l'histoire d'une poupée gonflable qui devient vivante. Pendant plus de deux heures, la pauvresse va se rendre compte à quel point c'est triste d'être un être humain, déambulera dans les rues, ramassera des objets sur la plage, ira rencontrer son créateur et atteindra l'orgasme, le vrai, regonflée par un employé de vidéo club. Lourd.



Si tu aimes… qu'un plan se déroule sans accroc
Tu apprécieras… L'AGENCE TOUS RISQUES (Joe Carnahan)
En voilà un film qui ne mange pas de pain mais qui se laisse regarder tranquillement. Un pur divertissement, assez marrant, des petites vannouzes à chaque coin de réplique, des scènes de grand n'importe quoi aérien (atterrissage en tank, etc.), des acteurs qui s'éclatent. Agréable.



Si tu aimes… les films de prison tout ce qu'il y a de plus habituel
Tu apprécieras… DOG POUND (Kim Chapiron)
Trois délinquants dans une prison. Brimades, provocations, insubordination, racket, enculade dans la buanderie, on reste dans du très classique. Toutefois, Chapiron trouve un angle inédit en montrant l'impuissance totale des surveillants face à la loi de la prison. Son film laisse malgré tout une forte impression de déjà-vu. Ordinaire.



Si tu aimes… être surpris par un film avec des vieux sorti de nulle part
Tu apprécieras… LES PETITS RUISSEAUX (Pascal Rabaté)
Avec un sujet pas très ragoûtant (la sexualité des vieux), Pascal Rabaté réussit à raconter une histoire plutôt drôle avec une finesse rare et un optimisme jamais béat. Daniel Prévost est parfait dans ce feel-good movie à la française, qui n'est pas sans rappeler Une histoire vraie de David Lynch (transposée dans le terroir angevin) et qui ne recule devant aucun tabou (une scène de sexe entre Daniel Prévost, 70 ans, et Hélène Vincent, 66 ans, fallait oser). Frais.



Si tu aimes… les huis-clos rocambolesques
Tu apprécieras… LA DISPARITION D'ALICE CREED (J Blakeson)
Un titre énigmatique, Gemma Arterton à poil (ça c'est juste pour booster mon référencement google), deux kidnappeurs plus ou moins gays, ça ne suffit malheureusement pas pour tenir le spectateur en haleine. Sur un point de départ déjà assez peu crédible, J Blakeson ne parvient à élaborer que des situations encore moins plausibles, réduisant les quelques moments de tension à de bien tristes frissonnements. Passable.



Si tu aimes… le show burlesque en Charente-Maritime
Tu apprécieras… TOURNEE (Mathieu Amalric)
Tout y est dans ce road-movie décalé, porté par un Mathieu Amalric brillant des deux côtés de la caméra. En restituant avec un réalisme fascinant la tournée d'un show d'effeuilleuse burlesques, c'est bien d'autres choses qu'il raconte, la célébrité, le corps, les femmes, la famille, la vie. Attachant.



Si tu aimes… les humanoïdes hermaphrodites
Tu apprécieras… SPLICE (Vincenzo Natali)
En voulant lorgner du côté de Cronenberg, le réalisateur du sympathique Cube se prend le mur à angle droit. Prenant pour protagonistes un couple de scientifiques zélés mettant au monde une créature d'une nouvelle espèce, il n'arrive jamais à choisir entre le film d'épouvante type Frankenstein et le film à thèse ambitieux. Résultat, on n'est pas tenu en haleine une seconde et on reste affligé devant ce spectacle malsain et grotesque, au scénario mal branlé et pollué de considérations psychanalytiques vaseuses. Ridicule.